L’alerte ne concerne pas uniquement l’Afrique centrale. À plus de 7 000 kilomètres de la République démocratique du Congo (RDC), un territoire français suit avec inquiétude l’évolution de la situation sanitaire face à Ebola : Mayotte. Alors que la RDC fait face à une circulation très préoccupante du virus, la députée mahoraise Estelle Youssouffa appelle les autorités françaises à ne pas sous-estimer les risques pour l’archipel de l’océan Indien. « Mayotte ne peut pas être en première ligne », a-t-elle alerté sur X. Et d’ajouter : « On est incapable de faire face. »
Cette souche Bundibugyo du virus Ebola a vraisemblablement déjà fait plus de 80 morts en RDC et plusieurs centaines de suspicions de cas. L’Organisation mondiale de la santé a même déclenché l’urgence de santé publique de portée internationale, alors que ce variant est particulièrement létal et n’a aucun vaccin ni aucun traitement.
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Pour l’élue, il ne s’agit pas de céder à l’alarmisme mais d’éviter une réponse tardive face à un virus dont la propagation internationale reste surveillée. Elle met en avant « l’immigration clandestine » importante sur cette île française « qui pourrait importer l’épidémie ». Car selon elle, « les maladies à Mayotte sont systématiquement importées ».
Une situation sanitaire déjà critique sur l’île
Une crainte partagée par l’infectiologue à l’hôpital Bichat à Paris, Xavier Lescure, au micro de franceinfo : « On sait que dans l’océan Indien, Mayotte est une porte d’entrée d’une migration, parfois illégale, qui vient de la région des Grands Lacs. Il faut donc vraiment essayer d’anticiper et d’être très présents dès la source de cette épidémie ». Le médecin estime : « Il faut lancer une recherche en urgence pour essayer d’évaluer la thérapeutique préventive et curative et l’efficacité vaccinale. » La région des Grands Lacs fait référence à une zone bordée par quatre pays : le Burundi, la République démocratique du Congo, l’Ouganda, et le Rwanda. 52 % des 2 463 primo-demandeurs résidents à Mayotte étaient originaires de la RDC, rapporte la 1ère.
« Ce sont des déplacements qui ont la plupart du temps lieu en bateau et donc ça ’sécurise’ par rapport aux questions de délais d’incubation, de symptômes etc […] Ça n’est pas la catastrophe pour demain, loin de là », a toutefois temporisé l’infectiologue sur France Inter.
La députée de Mayotte met également en garde sur les conditions sanitaires dans le territoire français. Une « très grosse population vit dans des bidonvilles » dans des conditions d’hygiènes souvent « déplorables » en raison des coupures d’eau. S’ajoute à cela un système de santé qui est « très fragile » et qui « n’a toujours pas été reconstruit après le passage du cyclone Chido ». Si ce variant particulièrement virulent venait à se propager sur l’île, l’élue affirme que cela « transformerait Ebola en catastrophe sanitaire ».
Elle appelle donc à une solution radicale : « Fermer les frontières. ». Et d’ajouter : « C’est une question de sécurité sanitaire et de sécurité civile. » Un cas d’Ebola avait déjà été recensé dans le département en 2019. À cette période, l’épidémie frappait déjà la République démocratique du Congo et avait fait, entre 2018 et 2020 près de 2 300 morts pour 3 500 blessés.
Le virus Ebola provoque une fièvre hémorragique extrêmement contagieuse, et reste redoutable malgré de récents vaccins et traitements, efficaces uniquement contre la souche Zaïre à l’origine de la plupart des épidémies recensées. Ebola a fait plus de 15.000 morts en Afrique au cours des 50 dernières années.
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