dimanche, juin 7

Quitter son pays sans rompre avec lui. C’est le paradoxe que décrit The Dispatch, sous la plume de Thomas Dichter, anthropologue américain spécialiste du développement, qui observe depuis la Bourgogne, où il vit, une nouvelle vague d’expatriés américains, plus ordinaires et plus mobiles que leurs prédécesseurs.

Aujourd’hui, le phénomène s’accélère. “Il existe des signes très récents d’une poussée de l’expatriation, suffisants pour suggérer que la décision de vivre à l’étranger est aujourd’hui bien plus facile qu’autrefois.” L’article rappelle qu’un record de départs a été atteint en 2025 et que 42 % des Américains envisagent de partir. Surtout, les profils évoluent. Il ne s’agit plus d’artistes ou de grandes fortunes, mais de classes moyennes attirées par un coût de la vie plus bas et des perspectives concrètes.

Ce qui se dégage est une transformation majeure sur “ce qui définit le ‘chez-soi’” alors que “l’identité devient portable”. Grâce au télétravail et aux outils numériques, “vous pouvez vous déraciner tout en restant ancré là d’où vous venez” et le lien avec le pays d’origine est maintenu au quotidien, qu’il s’agisse du travail, de l’information ou des relations personnelles.

Dans une petite ville de Bourgogne, Thomas Dichter décrit un microcosme révélateur. Chaque semaine, des expatriés récents – des Américains, des Britanniques et des Australiens – se retrouvent dans un café local. Une Américaine venue de l’Idaho loue un appartement pour un peu plus de 400 euros par mois ; un couple partage son année entre l’Arizona et la France grâce au télétravail ; d’autres achètent des maisons anciennes entre 92 000 et 230 000 euros. Aucun n’est particulièrement riche, mais tous profitent de coût de la vie local et d’une mobilité accrue.

“Les Britanniques restent fondamentalement britanniques ; les Américains, américains ; tous avec une touche de France en plus.”

Loin d’effacer les identités, l’expatriation les superpose. L’anthropologue souligne enfin une mutation plus profonde : “Même si votre corps a bougé, vous pouvez rester psychologiquement là où vous étiez auparavant.”Partir vivre à l’étranger ne consiste plus à changer de monde, mais à en habiter plusieurs à la fois.

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