Les naissances d’éléphants sans défenses se multiplient sur le continent africain. C’est un vrai mécanisme de l’évolution qui est à l’œuvre dans tout le pays et que les chercheurs peuvent étudier en temps réel. En réponse aux activités humaines, la taille des défenses des éléphants s’amenuise. Une étude du Kenya Wildlife Service de 2015 a montré une diminution de la taille des défenses de 20 pour cent chez les mâles et de 33 pour cent chez les femelles. Plus inquiétant, chez certains individus, pourtant en bonne santé, il n’y a plus de défenses du tout.
Dans le parc Addo et dans le parc de Gorongosa, en Afrique, les femelles éléphants naissent sans défenses
Au Mozambique, dans le parc national de Gorongosa, depuis la fin de la guerre civile en 1992, les femelles éléphants naissent sans défenses. En 20 ans, la population de pachydermes du parc à naître sans défenses est passée de 18,5 pour cent à 51 pour cent, soit plus de la moitié. Un bond spectaculaire quand on sait qu’en temps normal, seulement deux pour cent à quatre pour cent des éléphants naissent sans défenses. Idem dans le parc national de Ruaha en Tanzanie où 21 pour cent des éléphantes de plus de cinq ans partagent ce triste sort. Mais ce n’est rien comparé aux femelles éléphants du parc Addo en Afrique du Sud. Là-bas, ce sont 98 pour cent des 174 éléphantes de la réserve qui ne possèdent plus aucune défense.
La guerre et le braconnage laissent les éléphants sans défenses
Partout en Afrique, c’est le braconnage qui laisse les éléphants sans défenses. Durant les quinze années de guerre civile, les éléphants du Mozambique ont vu s’accroître sur eux la pression des braconniers. L’argent tiré de l’ivoire servait à financer l’achat d’armes. En Afrique du Sud et en Tanzanie, le braconnage est intense depuis les années 70/80. Si les braconniers visent prioritairement les défenses des grands mâles, ils se rabattent sur les femelles dès lors qu’ils ont épuisé leurs « réserves ». En réponse, les éléphants s’adaptent et naissent sans défenses pour ne plus être la cible du commerce d’ivoire. Cette mutation génétique est portée par le chromosome X des femelles et n’est pas sans conséquences pour la survie des éléphants.
Un éléphant peut-il vivre sans ses défenses ?
Techniquement, un éléphant peut vivre sans défenses. Mais cela ne se fait pas sans mal. Les défenses des pachydermes leur sont nécessaires au quotidien. Ils les utilisent pour creuser la terre à la recherche d’eau, pour arracher l’écorce des arbres quand ils se nourrissent et surtout, chez les mâles, pour asseoir leur domination en période de reproduction. Si la tendance de ce phénomène se poursuit, cela pourrait faire peser un danger à long terme sur les populations d’éléphants. Les premiers chiffres donnent à voir que les femelles éléphants sans défenses donnent naissance à plus de femelles que de mâles. À terme, ce déséquilibre dans la population pourrait mener au déclin de l’espèce.
Sources :
Lire l’article sur le site de Ça M’Intéresse












