- Une étude publiée lundi alerte sur la situation des forêts en France, des puits de carbone en péril, selon l’association de protection des forêts Canopée.
- Pourtant, ces écosystèmes sont indispensables dans la lutte contre le changement climatique.
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Elles sont un levier essentiel pour lutter contre le changement climatique mais sont aujourd’hui menacées. L’association de protection des forêts, Canopée, a alerté, lundi 29 juin, sur la situation des forêts en France (nouvelle fenêtre), « premières contributrices »
des puits de carbone, ces espaces qui absorbent et stockent le carbone de l’atmosphère.
Un « enjeu considérable et largement sous-estimé »
, selon les auteurs du rapport, qui estiment que « la préservation des puits de carbone est aussi importante que la réduction des émissions »
de gaz à effet de serre pour lutter contre le changement climatique (nouvelle fenêtre) et atteindre l’objectif de zéro émissions nettes à l’horizon 2050.
« Si l’on veut stopper le changement climatique, la forêt est l’outil numéro 1
, pointe Pierre-Xavier Feron, responsable juridique à l’association Canopée. Car même si l’on arrivait à atteindre nos objectifs de réduction
[de gaz à effet de serre, ndlr], on aura des émissions incompréhensibles – 60 millions de tonnes d’équivalent CO2 par an – et l’une des solutions pour absorber des émissions, c’est justement la forêt ».
Une quantité absorbée divisée par deux
Mais aujourd’hui, alors que la baisse des émissions de gaz à effet de serre en France ralentit (nouvelle fenêtre), les forêts peinent à jouer ce rôle. Selon les chiffres du Citepa, l’organisme de référence chargé du suivi des émissions, la quantité de carbone absorbée par les forêts françaises a même baissé de plus de moitié depuis le début des années 2000.
Dans une étude publiée en 2023 (nouvelle fenêtre), l’Académie des sciences alertait même sur le fait que certaines forêts françaises étaient désormais émettrices de carbone : dans le Grand Est, certaines « dégagent »
du CO2 depuis 2017.
Trois facteurs expliquent cette situation, selon Canopée : la hausse de la mortalité des arbres, leur croissance plus lente mais surtout l’augmentation des « prélèvements »
, c’est-à-dire les arbres coupés à des fins d’exploitation. « Aujourd’hui, c’est à 85% les coupes d’arbres qui sont responsables de la chute des puits de carbone à l’échelle européenne »,
a indiqué Philippe Ciais, chercheur français spécialiste du cycle du carbone, lors d’un point presse organisé par Canopée, contre seulement 15% pour « les catastrophes naturelles »
.
Des sols encore trop sous-estimés
La situation est d’autant plus inquiétante que la dégradation des forêts en France se cumule avec la dégradation des sols, autres puits de carbone sous-estimés. « Aujourd’hui, on parle de la climatisation, de solutions court-termistes qui peuvent être très utiles pour des situations vitales lors de fortes chaleurs comme celles que l’on vient de vivre, mais on occulte le vrai problème,
pointe Thomas Uthayakumar, directeur du plaidoyer de la Fondation pour la nature et l’homme. Il faut ajouter au débat la gestion des sols, qui sont un acteur majeur de régulation du climat et pas seulement une infrastructure sur laquelle on va mettre de la construction ».
Pour les forêts comme pour les sols, leur affaiblissement rend la France plus vulnérable face au changement climatique. « Il faut préserver les forêts pour éviter des canicules de plus en plus fréquentes et intenses »,
défend Pierre-Xavier Feron quand Thomas Uthayakumar souligne que « si vous bétonnez, vous imperméabilisez, vous vous retrouvez avec des îlots de chaleur au lieu d’un puits de carbone qui peut aussi faire office de climatiseur naturel l’été ».
Pour préserver nos forêts et nos sols, la solution est « entre nos mains »,
soulignent les spécialistes. Dans une meilleure exploitation de la forêt en sylviculture pour les premières avec la fin des « coupes rases qui mettent à nu le sol et portent un coup important à la biodiversité et à la forêt »,
détaille Pierre-Xavier Feron, qui défend une activité plus responsable laissant une diversité aux espaces leur permettant d’être plus résilients, mais aussi une limitation des prélèvements.
Du côté des sols, la Fondation pour la nature et l’homme appelle à stopper les tentatives de contournement de l’objectif Zéro Artificialisation Nette (ZAN). Car il y a urgence : « Selon nos résultats, la France pourrait bétonner, entre 2021 et 2031, une surface équivalente à la totalité de l’Essonne ou de la Martinique »
, pointe Thomas Uthayakumar. Soit 187.000 hectares qui ne pourront alors plus jouer leur rôle de puits de carbone et de régulateur du climat.











