Fin décembre 2025, les habitants du village de Dafu, sur l’île chinoise de Pingtan, dans le Fujian, juste en face de Taïwan, ont vu fleurir des « avis à la population » rouge et jaune qu’ils connaissent bien : les pêcheurs locaux étaient invités à ne pas sortir en mer. Les fenêtres des maisons devaient rester ouvertes pour ne pas se briser. Les personnes âgées, les cardiaques et les femmes enceintes étaient priés de se tenir éloignés. Des roquettes ont ainsi été tirées depuis l’éperon rocheux du village, les 29 et 30 décembre.
Elles entraient dans le cadre de l’opération « Mission justice 2025 », organisée tout autour de Taïwan et présentée par Pékin comme un avertissement aux partisans de l’indépendance taïwanaise et aux « forces extérieures » soutenant l’île, c’est-à-dire le Japon et les Etats-Unis. Le 18 décembre, Washington a approuvé la vente de 11,5 milliards de dollars, soit environ 9,8 milliards d’euros, de matériel militaire à l’armée taïwanaise.
A Dafu, ces tirs d’entraînement à munitions réelles sont de plus en plus fréquents et mettent tout le monde à cran. Tout comme le passage de navires de guerre toujours plus imposants. Pour ce marin-pêcheur affairé à graisser les roulements de son treuil, chaque exercice militaire, chaque transit de destroyer renforcent la méfiance et durcissent les comportements de part et d’autre du détroit. « Par le passé, il est arrivé que des pêcheurs taïwanais viennent se mettre à l’abri chez nous lors de tempêtes. On était amis. Maintenant, quand on se croise en mer, on ne se salue plus », raconte l’homme, qui n’a pas souhaité donner son nom.
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