C’est le troisième drame mortel en un mois lors d’une tentative de traversée clandestine de la Manche de migrants voulant rejoindre le Royaume-Uni: deux femmes sont décédées dimanche matin dans une embarcation de fortune surchargée qui s’est échouée sur une plage du Pas-de-Calais.
Elles se trouvaient dans une embarcation de type « small boat » transportant « environ 82 personnes », seraient âgées d’une vingtaine d’année et d’origine soudanaise, mais l’enquête doit permettre « de déterminer » leur nationalité, a déclaré le secrétaire général de la préfecture du Pas-de-Calais, Christophe Marx, lors d’un point-presse à Coquelles (Pas-de-Calais).
L’embarcation a pris la mer dans la nuit de samedi à dimanche vers 01h30 du matin depuis le sud de la commune de Neufchâtel-Hardelot, a indiqué la préfecture du Pas-de-Calais dans un communiqué.
« Le moteur n’a pas démarré » et le bateau a commencé à dériver, selon M. Marx. « Dix-sept personnes ont été prises en charge » au large par la gendarmerie maritime et « amenées au port de Boulogne-sur-mer ». Il restait 65 personnes à bord quand le bateau de fortune s’est échoué sur la plage.
Les deux victimes, retrouvées « décédées dans le bateau », « ne sont pas mortes noyées », mais vraisemblablement « étouffées, comme ça arrive malheureusement souvent sur des embarcations qui ne sont pas adaptées » et surchargées, a-t-il précisé.
– Enquête ouverte –
Quatorze personnes sont en urgence relative, dont cinq évacuées vers des centres hospitaliers et trois autres en urgence absolue, présentant notamment des brûlures « dues à un mélange de carburant et d’eau de mer », a détaillé la préfecture du Pas-de-Calais.
L’ensemble des personnes « sont prises en charge » et « vont être auditionnées par la police aux frontières pour déterminer quels sont les responsables de ce passage », a indiqué le secrétaire général de la préfecture.
Le parquet de Boulogne-sur-mer a confirmé à l’AFP l’ouverture d’une enquête pour aide au séjour et à la circulation d’étrangers en situation irrégulière en bande organisée, participation à une association de malfaiteurs, homicide involontaire aggravé par la violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence, blessures involontaires aggravées ayant entraîné une ITT (incapacité totale de travail) inférieure ou égale à trois mois et mise en danger d’autrui.
Il s’agit du troisième drame de ce type en un peu plus d’un mois à la frontière franco-britannique.
Le 1er avril, deux migrants sont décédés au large de Gravelines (Nord) en tentant de rejoindre le Royaume-Uni. Le 9 avril, quatre autre personnes, deux hommes et deux femmes, sont mortes dans le secteur d’Equihen-Plage (Pas-de-Calais), emportées par les courants.
« On n’en voit pas le bout de cette histoire. Personne n’a les vraies solutions et c’est dramatique », a déclaré à l’AFP la maire de Neufchâtel-Hardelot, Paulette Juilien-Peuvion.
Sur son compte X, l’association Utopia 56 a dénoncé les « politiques répressives à la frontière franco-britannique » qui « tuent », pointant du doigt la responsabilité politique des gouvernements français et britannique dans ces drames.
– Nouvel accord franco-britannique –
« Multiplier les dispositifs répressifs n’empêche pas les traversées: cela les rend plus dangereuses, plus violentes, plus mortelles. Ces vies perdues sont le résultat de choix politiques », a-t-elle développé.
Après plusieurs mois de négociations difficiles, un nouvel accord franco-britannique d’une durée de trois ans, destiné à freiner les traversées clandestines de la Manche, a été signé le 23 avril, avec une augmentation de la contribution financière du Royaume-Uni.
Il s’agit de la deuxième reconduction du traité de Sandhurst, conclu en 2018.
Selon les chiffres officiels des autorités britanniques, 41.472 personnes ont rejoint clandestinement le Royaume-Uni sur des petites embarcations en 2025. Ce chiffre est le deuxième plus élevé depuis le début de ces traversées en 2018.
Paris souligne toutefois que depuis le début d’année, les arrivées au Royaume-Uni ont diminué de moitié comparé à la même période de l’année dernière.
En 2025, au moins 29 migrants ont péri en mer dans la région, selon un comptage AFP à partir de sources officielles françaises et britanniques.
cor-adr/gf/bow




