Avec chaque nouveau film, Annemarie Jacir enlève une couche de la poussière qui recouvre la mémoire palestinienne, pour dire haut et fort qu’il y a des histoires qui méritent d’être racontées.
Son dernier film en date, Palestine 36, dont le casting comprend [l’actrice franco-palestinienne] Hiam Abbass, [le Palestinien d’Israël] Saleh Bakri, [le Tunisien] Dhafer L’Abidine, [le Palestinien de Jordanie] Kamel El Basha, [la Libano-Américaine] Yasmine Al Massri, [la Libanaise] Yumna Marwan et [la Britannique] Billy Howle, n’est pas seulement une plongée dans le passé du mandat britannique. C’est également un reflet renvoyé aux Palestiniens d’aujourd’hui, comme si les années qui passent n’étaient que le retour cyclique d’une même blessure.
Des conflits intérieurs
L’histoire se concentre sur celle de villageois ordinaires [et fictifs] à l’époque du mandat britannique sur la Palestine [de 1922 à 1948, alors que la création de l’État d’Israël et la Nakba n’ont pas encore eu lieu, mais que de plus en plus de colons juifs affluent]. Un père, paysan, cherche à protéger sa terre et sa famille. Son épouse s’efforce d’assurer la cohésion de la famille. Un adolescent est déchiré entre l’envie de mener une vie normale et celle de rejoindre la fronde [des Palestiniens contre l’immigration juive, qui va déboucher sur la révolte arabe de 1936-1939, réprimée par les Britanniques].
Leur quotidien est envahi par un conflit intérieur : doivent-ils rester pour conserver leurs terres ou céder aux pressions pour les faire partir ? Car il y a des tensions croissantes avec les Britanniques, représentés tantôt par des fonctionnaires, tantôt par des soldats [dont certains sont des personnages historiques].
Ainsi, le film reflète l’imbrication entre les réalités humaines du quotidien d’un côté, les enjeux des luttes du pouvoir et des événements historiques de l’autre. Il permet au spectateur de partager ces réalités et de les ressentir comme une expérience personnelle.
D’une grande sensibilité
Annemarie Jacir a toujours été habile à saisir les petits détails pour traduire sa sensibilité humaine. Mais ici, elle élargit son champ et fait cohabiter le politique et l’intime, la douleur personnelle et la mémoire collective.
[…] Lire la suite sur Courrier international










