JUSTICE – Il y a trois ans, le drame avait choqué tout le pays. Le procès d’une employée de crèche, qui a tué un bébé en lui faisant avaler un produit caustique de type Destop, s’ouvre ce mardi 1er avril à Lyon.
Le décès de la petite Lisa, onze mois, avait jeté une lumière crue sur les dysfonctionnements des crèches privées, passés depuis au crible de nombreuses enquêtes administrative, parlementaires et journalistiques.
Faire garder ses enfants pour travailler, un combat quotidien et précaire pour les mères célibataires
Accusée de meurtre sur mineur, Myriam Jaouen, âgée aujourd’hui de 30 ans, encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict de la cour d’assises du Rhône est attendu jeudi. Malgré ses dénégations initiales, elle a reconnu en garde à vue avoir empoisonné la fillette parce qu’elle était « excédée par ses pleurs ».
Le 22 juin 2022, la jeune femme est seule à l’ouverture de la micro-crèche lyonnaise du groupe People & Baby, où elle travaille depuis trois mois. Peu avant 8h, le père de Lisa, qui doit fêter son premier anniversaire quelques jours plus tard, lui remet l’enfant et s’en va.
Selon les éléments réunis par les enquêteurs, dès 8h10 une autre mère venue déposer son enfant découvre la jeune employée paniquée ainsi que la fillette vomissant, et appelle les secours. Inconsciente à l’arrivée des pompiers, celle-ci décède à l’hôpital.
Myriam Jaouen est interpellée quelques heures plus tard. Entre-temps, elle a fait du shopping dans un centre commercial lyonnais. Lors de son audition, elle assure d’abord que Lisa a ingéré par accident de la peinture noire, qui devait servir à réaliser une activité au sein de la crèche. Acculée par les enquêteurs, elle admet lui avoir fait boire du Destop.
« Rentabilité maximum »
Elle assurera par la suite qu’elle ne savait pas qu’il s’agissait d’un produit caustique ou encore avoir effectué un geste très rapide, selon des éléments de l’enquête. Mais la petite victime présentait des lésions tellement importantes que les experts sont convaincus qu’une grande quantité de liquide a été versée, une dose peu compatible avec un geste accidentel.
Lors du procès, les débats devraient s’attarder sur la personnalité de Myriam Jaouen, une femme immature et tendant à l’affabulation selon des experts. Même si la responsabilité de la crèche n’est pas engagée, des questions devraient émerger sur les conditions de travail dans cet établissement qui souffrait de sous-effectif chronique.
Il faudra se pencher sur les circonstances qui « permettent à l’auteur de se livrer à son crime », estime ainsi Me Jean Sannier, conseil de l’association Innocence en danger, qui s’est constituée partie civile tout comme Enfant Bleu Enfance Maltraitée et les parents de Lisa.
L’avocat dénonce la logique économique de « rentabilité maximum » pratiquée dans les micro-crèches, qui fait « rogner sur la sécurité ». Pour lui, cela a ouvert « un interstice » et permis l’emploi d’une « salariée fragile, qu’on a recrutée sans regarder vraiment qui elle était ».
Trois semaines après ce décès, le gouvernement a saisi l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) pour analyser le secteur des crèches privées. Publié en avril 2023, son rapport décrit une qualité d’accueil « très disparate » et pointe une pénurie de personnel et une faiblesse des contrôles.
Deux rapports parlementaires et trois livres-enquêtes ont ensuite épinglé « un système à bout de souffle » et une course au rendement menée au détriment des enfants, sans qu’aucune réforme de grande envergure ne soit menée à ce jour.
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