« Si quelqu’un n’est pas satisfait de la décision prise au niveau du village, il peut faire appel devant le comité de la paroisse. »
Justice Simon Byabakama résume ainsi l’une des fonctions les plus concrètes des conseils de paroisse renouvelés, ce lundi 10 août, en Ouganda. Peu connus du grand public, ces LC II (Conseils de paroisse de niveau II) constituent pourtant un rouage de la vie quotidienne. Ils interviennent, en effet, dans les conflits locaux, participent au maintien de l’ordre et servent de relais entre les habitants et les autorités.
« Si deux voisins se disputent, par exemple sur les limites de leurs terrains, ils peuvent saisir le comité exécutif du village pour régler le différend. Et si l’un d’eux n’est pas satisfait de la décision prise au niveau du village, il peut alors faire appel devant le comité de la paroisse », explique le président de la Commission électorale.
Ces structures travaillent ainsi dans le prolongement des conseils de village. Elles participent aussi au maintien de l’ordre, suivent les projets publics et servent de relais entre les habitants et les autorités.
« Nos élections sont très émotionnelles »
Le scrutin de lundi était particulièrement surveillé, après les violences et irrégularités qui avaient marqué les élections de village, fin juillet, et entraîné l’organisation de nouveaux votes dans plusieurs localités.
« Nos élections sont assez émotionnelles. Les gens s’enthousiasment beaucoup, se laissent emporter et certains réagissent vivement lorsqu’ils ont le sentiment d’être désavantagés », reconnaît Justice Simon Byabakama.
À la mi-journée de ce lundi, le président de la Commission électorale assurait cependant n’avoir reçu aucun signalement de violences comparables à celles observées lors des élections de village.
Une différence qui tient aussi à la nature du scrutin. Pas de longues files d’habitants cette fois. Les présidents des conseils de paroisse ne sont pas élus directement par la population. Les membres des comités exécutifs des villages de chaque paroisse constituent un collège électoral et choisissent, parmi eux, leur président.
C’est aussi ce qui explique la faible visibilité de ces élus. « Il arrive même qu’ils effectuent tout leur mandat sans que les habitants sachent vraiment qui ils sont », souligne le chercheur ougandais Livingstone Sewanyana. Selon lui, la plupart des habitants connaissent surtout les responsables de leur village, avec lesquels ils sont directement en contact.
Un scrutin qui pourrait prolonger la domination du NRM
Mais derrière cette élection indirecte se joue aussi un rapport de force politique. Les candidats peuvent se présenter sous les couleurs des partis politiques.
« L’Ouganda fonctionne sous un système multipartite et chaque parti enregistré est libre de participer à ces élections en présentant des candidats », rappelle Justice Simon Byabakama.
Or, le NRM, parti au pouvoir, a largement dominé les élections de village et ce sont précisément les responsables, issus de ce premier scrutin, qui composent désormais les collèges électoraux chargés de désigner les présidents des paroisses.
Pour Livingstone Sewanyana, le mécanisme devrait donc largement prolonger l’avantage du parti au pouvoir : « Ils votent entre eux. Dans la plupart des cas, si les conseils de village sont majoritairement NRM, il y a de fortes chances pour que ceux qui seront élus, au niveau des paroisses, soient eux aussi NRM », analyse-t-il.
Le chercheur porte cependant un regard critique sur la représentativité de ce système. Les élections de village se déroulent par alignement physique, derrière les candidats, une méthode qu’il juge peu crédible. Selon lui, les contestations entourant ce premier scrutin rejaillissent nécessairement sur les collèges électoraux qui en sont issus.
Les résultats nationaux des élections de paroisse doivent être publiés d’ici la fin de la semaine, selon la Commission électorale. Mais pour Livingstone Sewanyana, le scrutin s’inscrit dans une continuité politique beaucoup plus ancienne. Les précédentes élections de ces conseils remontent à 2018 et certains responsables, aujourd’hui candidats à leur réélection, occupent leurs fonctions depuis bien plus longtemps.
« Certains de ceux qui sont réélus sont là depuis l’arrivée au pouvoir du NRM », souligne-t-il. Pour le chercheur, à l’échelle des villages comme des paroisses, le paysage politique local tend ainsi à reproduire celui du pays.
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