Avec notre correspondante à Dakar, Pauline Le Troquier
Les images de l’expulsion musclée du député d’opposition Abdou Mbow sont devenues virales au Sénégal. Le 29 juin, au perchoir de l’hémicycle, l’élu est agrippé par des députés des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), formation majoritaire, avant d’être délogé par la gendarmerie sur ordre d’Ousmane Sonko, ex-Premier ministre devenu président de l’Assemblée nationale.
L’épisode a poussé les élus d’opposition – l’ensemble du groupe Takku Wallu et les non-inscrits – à boycotter le vote au nom d’une violation manifeste du règlement intérieur de l’institution et d’un usage de la force jugé inacceptable.
Aïssata Tall Sall, présidente du premier groupe parlementaire d’opposition Takku Wallu, revient sur ce geste. « Que tout le monde sache que ce qui s’est passé s’est passé contre notre volonté, lance-t-elle. On ne nous a pas permis de nous exprimer. On ne pouvait pas, dans ces conditions et dans ces circonstances-là, dire ce que nous pensons de cette révision qui, bien évidemment, n’en est pas une, que nous ne pouvons accepter ».
« Les Sénégalais épris de paix et de justice ne l’accepteront pas »
Sur le fond, comme une partie de la société civile et comme la coalition Diomaye Président, qui soutient le chef de l’État, les députés d’opposition pointent une réforme faite pour les seuls intérêts d’Ousmane Sonko, ancien allié du président Bassirou Diomaye Faye, porté à la tête de l’Assemblée nationale au lendemain de son limogeage comme Premier ministre le 22 mai 2026.
Papa Djibril Fall, député non-inscrit, insiste : « On ne peut pas du jour au lendemain, avec une majorité mécanique qui est à la solde d’un homme, décider de façon unilatérale de basculer le Sénégal d’un régime présidentiel à un régime parlementaire. Et les Sénégalais épris de paix et de justice ne l’accepteront pas. »
Une délégation de l’opposition parlementaire a prévu ces prochains jours d’exposer aux missions diplomatiques et partenaires étrangers du Sénégal l’ensemble des violations qu’elle dénonce.
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Le 29 juin, 129 députés sur les 129 présents ont voté en faveur d’une réforme de la Constitution, au terme d’une session houleuse, marquée par des manifestations aux abords de l’Assemblée nationale, par l’expulsion d’un élu de l’Alliance pour la République (APR) de l’ex-président Macky Sall qui refusait de quitter la tribune, et par le boycott du vote par des élus de l’opposition. Le ministre de la Justice a annoncé dans l’hémicycle que cette réforme sera soumise à référendum.
Le texte modifie 29 articles de la Constitution et redéfinit profondément l’équilibre des forces : elle interdit au président de la République de diriger un parti politique, renforce les pouvoirs de l’Assemblée nationale et du Premier ministre, remplace le Conseil constitutionnel par une Cour constitutionnelle composée de neuf membres et limite à une seule la dissolution du Parlement par mandat présidentiel.




