55.000 euros. Il s’agit du coût total du mariage de Juliette, 25 ans, célébré en 2025. La jeune femme, qui témoignait dans le premier épisode de cette série, avait une idée bien précise de ce qu’elle voulait pour son « mariage de princesse »: un château en Bretagne, de nombreux prestataires, trois robes différentes… Des prestations représentant une somme conséquente, difficile à absorber avec les salaires du couple, qui tournaient autour des 1.500 euros nets mensuels.
Aussi, pour se payer son « rêve de petite fille », Juliette n’a pas ménagé ses efforts. « J’étais Asem (agente spécialisée des écoles maternelles) et je suis passée de 35 à 45 heures par semaine, je faisais des extras en tant que nounou et mon mari faisait des extras en tant que serveur », raconte-t-elle.
Pendant les trois années qui se sont écoulées entre la demande en mariage et les festivités, le couple n’est pas parti en vacances et a fait « très attention » à ses dépenses. Les époux ont aussi bénéficié d’un peu d’aide de la part des parents du marié.
Ils ne sont pas les seuls à avoir dû se serrer la ceinture pour préparer leur fête: avec l’ampleur qu’ont pris les cérémonies de mariage les 30 dernières années, le budget alloué à ces célébrations peut très vite grimper. Dans son rapport sur le secteur nuptial 2026, le site Mariages.net estime à 19.293 le coût moyen d’un mariage célébré en 2025. 25% des couples sondés pour cette enquête, qui se sont mariés l’an passé et sont inscrits sur le site, ont dépensé plus de 25.000 euros pour leurs noces.
Une aide parentale qui n’est plus une évidence
Devant de telles sommes se pose la question du financement. Si pendant longtemps, la participation des parents « allait de soi », par tradition mais aussi par nécessité, les mariés étant jeunes et pas toujours sur le marché du travail, ce n’est plus le cas aujourd’hui, comme le souligne la sociologue Florence Maillochon dans La passion du mariage (PUF, 2016). En 2021, l’âge moyen des femmes au premier mariage était de 31,9 ans en France métropolitaine, contre 28 ans en 2000 et 23 ans en 1980, selon l’Insee. Pour les hommes, il était de 33,5 ans en 2021, 30,2 ans en 2000 et 25,1 ans en 1980.
À plus de 30 ans, la participation financière des parents au mariage n’est pas une évidence pour tout le monde. Elle est même désormais « très rare », selon Vincent Noël, fondateur de l’agence Flovinno, qui organise des mariages et des cérémonies laïques.
Afin d’avoir la fête qu’ils espèrent, certains se retrouvent donc face à des arbitrages difficiles. Pour Salomé (30 ans) et Kévin (32 ans), la solution a été de faire un emprunt. Ils ne se voyaient pas demander de l’aide à leurs parents: « c’était notre mariage, pas le leur. Pour nous, si on le fait, il faut qu’on assume en intégralité », explique Kévin, magasinier dans la Nièvre.
Un crédit sur quatre ans
Le couple ne voulait pas toucher à son épargne pour financer la fête. Salomé et Kévin ont donc fait un crédit de 10.000 euros, à rembourser sur quatre ans, mais ils ont tout de même dû piocher dans leur épargne car le budget a été dépassé de 2.500 euros. Ils ont organisé un mariage simple et n’ont pas pu convier toutes les personnes qu’ils auraient souhaité voir. La soirée a eu lieu dans une salle des fêtes, avec 60 invités.
Pour le repas, ils ont servi un jambon à la broche. Salomé et Kévin avaient fait appel à une photographe, une fleuriste et un DJ. La robe de la mariée a été achetée sur Vinted. Le mariage a eu lieu il y a deux ans, et le couple rembourse encore son emprunt, mais ne regrette rien, même s’il continue de faire attention à ses dépenses. « On voudrait faire des travaux dans la maison mais on va attendre que le remboursement soit proche de la fin », explique Kévin.
Une source de stress
D’autres décident de piocher dans leurs économies et de limiter leurs dépenses pendant plusieurs mois, voire années avant les noces. À l’instar d’Amber et son mari, qui ont « mangé des pâtes tous les jours jusqu’au mariage » les mois qui l’ont précédé. Aujourd’hui, Amber peut en rire, mais elle confesse que la dernière ligne droite avant leur union a été « très stressante ».
Pour leur mariage, qui a été célébré en octobre en Dordogne, Amber et son mari ont dépensé 22.000 euros. Mais ce budget aurait dû être beaucoup plus élevé: Amber étant wedding planner et vendeuse de robes de mariage, elle a bénéficié de ristournes de la part de nombreux prestataires, sans quoi elle estime que la note aurait dépassé les 50.000 euros.
Elle a également bénéficié de l’aide financière de ses parents et de ses beaux-parents, qui ont fourni en tout 18.000 euros. « Sans les parents ça n’aurait pas été possible, ça aurait été une cérémonie le vendredi à la mairie et c’est tout », reconnaît-elle. Surtout, les parents du couple n’ont demandé aucune contrepartie à cette participation financière.
Quand les parents s’en mêlent (trop)
Cela ne se passe pas toujours comme cela: Anaïs, 25 ans, en a fait les frais l’an passé. Cette aide-soignante et son conjoint vivent dans les Vosges et sont mariés dans le Nord en juin. Lorsqu’ils ont vu que le budget de leur mariage pourtant « simple » s’élevait à 20.000 euros, ils ont eu des sueurs froides. Ils étaient donc très heureux d’accepter l’aide des parents d’Anaïs, qui leur ont donné 10.000 euros, et celle de ses beaux-parents, à hauteur de 5.000 euros.
Seulement, les choses ne se sont pas passées comme prévu une fois l’organisation lancée. « Avec mes beaux-parents, ça a été très compliqué. Sous prétexte qu’ils nous donnaient 5.000 euros, alors qu’on n’avait rien demandé, ils nous ont imposé des invités qu’on ne connaissait pas, c’était très, très tendu », raconte-t-elle.
Ils ont également contesté de nombreuses décisions prises par les mariés, du menu du dîner à l’écriture des faire-part. « Ils auraient aimé faire les wedding planners », cingle Anaïs. « Ils ne se rendent pas compte, mais ils ont gâché nos préparatifs de mariage. C’était une grosse charge mentale, on a failli tout annuler », ajoute-t-elle. À cause du stress causé par la situation, « le médecin m’a même mis sous antidépresseurs », explique la Vosgienne. Depuis le mariage, le couple ne leur parle presque plus.
Stéphanie Le Dantec, créatrice du blog spécialisé La Sœur de la Mariée, estime que ces tensions entre mariés et parents n’ont pas lieu d’être. « C’est comme une maison: quand tes parents te prêtent de l’argent pour acheter, ce n’est pas pour autant qu’ils choisissent la couleur des murs », image-t-elle.
Faire participer les invités?
Autre manière d’adoucir la note pour certains mariés: faire participer les invités à l’hébergement lorsqu’il se trouve sur le lieu du mariage. Pour certains, hors de question de demander cela aux convives, comme Leanne, qui s’est mariée en 2025. « Ça me mettait tellement mal à l’aise de leur dire de payer. On ne comprenait pas trop le but d’offrir un mariage pour ensuite demander une compensation aux invités », affirme la jeune femme de 25 ans.
Mais pour d’autres, cela représente une contribution bienvenue devant les factures qui s’amoncellent. Elle est souvent acceptée sans encombre par les convives, selon Vincent Noël, de l’agence Flovinno: « généralement, les invités financent leur hébergement ».
Pour profiter des noces de leurs rêves, des mariés vont jusqu’à inviter des inconnus, moyennant une contribution financière. Il s’agit du concept proposé par la startup Invitin, qui met en relation des futurs mariés et des inconnus qui souhaitent être invités à un mariage. « Grâce à ces revenus supplémentaires, vous pourrez voir plus grand pour votre mariage », promet l’entreprise sur son site.
Une chose est sûre: à part pour ceux qui ont contracté un prêt, une fois le mariage passé, vient le soulagement de pouvoir consacrer son argent à d’autres projets. Après trois ans de dur labeur, Juliette peut désormais voyager. Avec son époux, ils ont prévu d’aller cette année à Las Vegas… Pour se remarier, en tête-à-tête cette fois.
Article original publié sur BFMTV.com











