Jusqu’à trois bulletins à glisser dans autant d’urnes, des milliers de bureaux de vote à repenser, des centaines d’assesseurs et de scrutateurs en plus à trouver… La réforme du mode de scrutin à Lyon, Paris et Marseille, qui s’applique pour la première fois aux élections municipales le 15 et 22 mars prochains, a mis à rude épreuve les nerfs des fonctionnaires et des élus chargés de les organiser.
« Franchement, on a eu l’impression de faire du Rubik’s cube dans les lieux pour voter, devenir spécialiste du design d’intérieur », lâche Raphaëlle Rémy-Leleu, conseillère de Paris écologiste pour les arrondissements centraux auprès de BFM.
Concrètement, depuis le vote du Parlement à l’été dernier, les Parisiens et les Marseillais peuvent voter à deux reprises pour élire le conseil d’arrondissement puis le conseil municipal. Les Lyonnais, eux, devront même glisser un troisième bulletin dans l’urne pour élire leurs conseillers métropolitains.
Simple sur le papier, ce changement nécessite de doubler le nombre de bureaux de vote, qui passe par exemple rien que dans la capitale de 903 à 1.806 pour permettre à deux scrutins de se dérouler en même temps.
Première difficulté: réussir à adapter les bureaux de vote et permettre aux électeurs de continuer de voter dans le même préau d’école que lors des scrutins précédents.
Concrètement, à Paris, des bureaux ont dû être déplacés dans des gymnases, collèges ou écoles, par nature plus spacieux. Environ 180.000 électeurs, soit approximativement 10% du corps électoral parisien, sont ainsi concernés. La problématique est la même à Lyon.
« On a vraiment essayé de changer un minimum l’emplacement des bureaux de vote, on a dû pousser les murs. Mais dans de petites écoles, 3 urnes, 3 tables pour les bulletins de vote, 3 tables pour les émargements, ça ne rentrait tout simplement pas », reconnaît l’entourage de la maire du 7e arrondissement de Lyon.
La crainte de perdre des électeurs en cours de route
Pour prévenir les électeurs concernés, un courrier a été envoyé. Et le jour J, une affichette indiquera sur la porte de l’ancien bureau de vote où se rendre désormais.
Autre option: rester au sein de la même école qui a l’habitude d’accueillir les électeurs et ouvrir une autre salle, souvent à l’étage avec un ascenseur, pour éviter la déperdition des électeurs entre les scrutins.
Le message est assez clair: tout faire pour qu’ils ne soient pas perdus et qu’ils ne s’arrêtent pas à glisser un seul bulletin dans l’urne.
« C’est la liberté des électeurs de voter pour l’une des élections et pas pour l’autre mais nous avons insisté pour que les parcours au sein des bureaux de vote soient clairs et permettent de bien comprendre qu’il y a deux scrutins », observe un fonctionnaire de la préfecture des Bouches-du-Rhône.
« Pas totalement compris par les électeurs »
La ville de Marseille a ainsi choisi dans la mesure du possible de diviser les bureaux de vote déjà utilisés en deux, avec, au milieu, des isoloirs. De chaque côté seront installées les tables, les bulletins, et les urnes, pour rendre claire l’organisation de deux scrutins concomitants.
Chacune des communes concernées a également fait de la communication pour que les électeurs puissent voter sans découvrir quelques instants avant de rentrer dans l’isoloir le nouveau mode de scrutin.
Affiches, réunions publiques, information dans le magazine de la ville… À Paris, Lyon et Marseille, les élus assurent avoir fait leur maximum pour faire connaître la réforme. Dans la capitale des Gaules, des agents seront spécifiquement dépêchés sur place pour guider les électeurs perdus.
« On a fait de notre mieux mais cette réforme a été faite si vite que je doute qu’elle ait été totalement comprise par les électeurs », regrette le conseiller de Paris socialiste Boris Jamet-Fournier.
Explosion du coût des élections
Difficile de lui donner tort: pensée à la hussarde, elle a été votée en plein été au grand dam du Sénat alors que la tradition veut que l’on ne modifie pas un mode de scrutin à moins d’un an de son déroulement. Le code électoral, cependant, ne l’interdit pas.
Rien qu’à Paris, ce scrutin hors norme va mobiliser presque 11.000 personnes qu’il a fallu trouver. Plus de 1.800 présidents de bureaux de vote, 3.600 assesseurs, des milliers d’agents pour s’assurer du bon déroulement et qui sont bien sûr rémunérés…
Au-delà de la tenue des bureaux de vote, les fonctionnaires municipaux doivent en effet assurer la logistique en acheminant le nombre nécessaire de tables, de chaises, de bulletins, d’urnes et d’enveloppes, là encore doublées ou triplées voire même… de plateaux-repas pour nourrir celles et ceux qui permettent aux élections de se dérouler dans les meilleures conditions.
« Ce nouveau mode de scrutin va nous coûter 2,2 millions d’euros, ce qui est 25% de plus que pour les municipales de 2020 », souligne-t-on à la mairie de Marseille.
Même topo à Lyon où l’élection coûtera la bagatelle de 2,7 millions d’euros soit là encore une augmentation d’un tiers par rapport aux dernières élections en 2020.
L’opération sera-t-elle concluante? Le gouvernement de François Bayrou avait promis d’évaluer les suites de la réforme après les municipales. Son successeur Sébastien Lecornu n’en a pas pipé mot.
Article original publié sur BFMTV.com












