Le ministre de l’Intérieur français Laurent Nuñez va tenter lundi et mardi en Algérie de renouer les liens entre les deux pays sur les questions de sécurité dans un contexte de tensions diplomatiques persistantes entre Paris et Alger.
Ce déplacement hautement sensible était annoncé depuis l’invitation du ministre de l’Intérieur algérien Saïd Sayoud, lancée il y a plusieurs mois à son homologue français. Mais il tardait à se concrétiser de sorte que cette visite apparaît comme un premier signe de dégel entre les deux pays.
« Je me rends en Algérie pour une réunion de travail avec mon homologue. Il y a eu une phase de préparation entre services à un niveau technique et donc maintenant, on passe à la phase politique », a commenté vendredi Laurent Nuñez, lors d’un déplacement à Marseille.
Avec prudence, il a expliqué qu’au cours de cette « réunion de travail » seraient « discutées toutes les questions de sécurité », à savoir la lutte contre le terrorisme, contre les narcotrafiquants et l’immigration illégale.
« J’ai toujours été confiant dans le rétablissement des relations sécuritaires avec l’Algérie (…) Cette visite est l’aboutissement de cette position, qui est de continuer à dialoguer avec les autorités algériennes sur les questions de sécurité. Ça me paraît indispensable », a-t-il ajouté.
Mais le sujet des réadmissions, c’est-à-dire du retour dans leur pays des ressortissants algériens en situation irrégulière en France (OQTF), reste le plus épineux.
A ce jour, aucun ressortissant algérien sous OQTF (obligation de quitter le territoire français) n’a été accepté par Alger, selon une source proche du dossier.
– « Amorce » –
Début février, le ministre français avait affirmé attendre pour se rendre en Algérie « un bougé », une « amorce de réponse » d’Alger sur ce sujet ainsi que sur le cas de Christophe Gleizes, le journaliste sportif français arrêté en mai 2024 en Kabylie et condamné en appel, début décembre, à 7 ans de prison pour « apologie du terrorisme ».
Si « amorce » il y a eu qui pourrait expliquer la concrétisation du déplacement, elle n’a pas été rendue publique.
La relation entre les deux pays s’était fortement dégradée depuis l’été 2024 et la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, territoire au statut non défini selon l’ONU, où un conflit oppose depuis 50 ans le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenu par l’Algérie.
Les tensions franco-algériennes n’ont cessé ensuite de se multiplier entre l’enlèvement d’un influenceur algérien opposant au régime d’Abdelmadjid Tebboune en avril 2024, l’arrestation en novembre 2024 de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, gracié un an plus tard par le président algérien, la mise en examen d’un agent consulaire algérien en avril 2025 ou encore l’expulsion de douze agents de l’ambassade française à Alger quelques jours plus tard…
« Je trouve qu’il y a des signaux positifs qui se déclenchent des deux côtés », estimait récemment Sabrina Sebaihi, députée écologiste, auprès de l’AFP.
« D’un côté, on a le transfert de Christophe Gleizes à côté d’Alger, le président algérien qui dit +je reprends tous mes ressortissants+. De notre côté, le ministre de l’Intérieur dit +moi je vais y aller+. Peut-être qu’on est dans un moment de désescalade de la crise », a encore expliqué la députée des Hauts-de-Seine, qui a rencontré à Alger le président de l’Assemblée nationale.
Le dernier déplacement d’un ministre de l’Intérieur en Algérie remontait à fin 2022 et la visite de Gérald Darmanin.
Son successeur Bruno Retailleau avait cristallisé les crispations, tentant régulièrement d’aller au bras de fer, notamment autour de la libération de l’écrivain Boualem Sansal.
L’ancienne ministre socialiste Ségolène Royal, qui s’est rendue il y a peu en Algérie, s’était posée en médiatrice lors de cette visite, initiée à titre personnel en tant que présidente de l’Association France-Algérie. Elle était venue plaider pour une « reconstruction de l’amitié entre la France et l’Algérie ».
En arrivant lundi à Alger, Laurent Nuñez n’entend pas montrer les dents comme son prédécesseur, ni afficher des objectifs ambitieux, l’important étant, selon des sources diplomatiques, de renouer le dialogue, si ténu soit-il, au niveau sécuritaire.
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