La justice américaine a publié fin janvier des millions de documents liés au criminel sexuel Jeffrey Epstein, dont le contenu a entraîné des scandales et des démissions de personnalités à travers le monde, pour des raisons diverses, allant de la révélation de leur proximité avec l’homme d’affaires à celle de possibles délits financiers commis en lien avec lui. Dans ce contexte, des internautes soutiennent que la Pologne prévoyait de la « prison à vie » pour les complices d’Epstein. Mais c’est faux : si la Pologne a bien créé une équipe chargée d’enquêter sur les liens entre ses ressortissants et le financier américain, elle ne prévoit aucune peine de prison à vie pour d’éventuels complices, comme l’a confirmé le ministère de la Justice polonais à l’AFP. Le code pénal polonais prévoit une sanction de 2 à 15 ans de prison pour les pédocriminels.
La récente publication par le ministère américain de la Justice de nouvelles archives sur le criminel sexuel Jeffrey Epstein (photos, vidéos, échanges de mails) ne cesse d’entraîner des répercussions mondiales, notamment à travers la découverte de nouveaux noms de personnalités citées – même si la simple mention d’une personne dans ces documents ne suppose aucun acte répréhensible a priori de sa part.
Dans ce contexte, des internautes applaudissaient, fin février 2026 sur les réseaux sociaux, une prétendue mesure forte prise par la Pologne dans cette affaire liée au financier américain condamné en 2008 pour avoir recouru aux services de prostituées mineures. Et retrouvé mort, par suicide selon les autorités, en août 2019 dans sa cellule, peu après son inculpation pour exploitation sexuelle de mineurs et association de malfaiteurs.
Capture d’écran et croix rouges réalisées sur X par l’AFP, le 25 février 2026.
« En Pologne : prison à vie pour les complices d’Epstein, enquête et groupe de travail. En France : Yaël Braun-Pivet refuse toute commission d’enquête et les ‘oppositions‘ se taisent ! La France est pourtant 100 fois plus touchée que la Pologne par cette affaire, ceci expliquant sans doute cela !…« , affirmait par exemple le 23 février 2026, sur X, Florian Philippot, président des Patriotes.
« La Pologne envisage de condamner à la prison à vie les personnes puissantes mentionnées dans les dossiers Epstein. La Pologne vient de mettre en place un groupe de travail chargé d’analyser les dossiers Epstein« , pouvait-on par ailleurs lire dès le 21 février sur la plateforme, avant que la même affirmation ne circule aussi sur Facebook (1, 2).
Mais c’est faux : si la Pologne a bien annoncé début février la création d’une équipe composée d’agents des services secrets, de procureurs et de policiers chargée d’enquêter sur les liens entre la Pologne et Jeffrey Epstein, elle n’a jamais évoqué des peines de prison à vie pour les complices identifiés du criminel sexuel.
Jointe par l’AFP le 24 février 2026, la porte-parole du ministère de la Justice polonais, Dominika Zietara, a « fermement » démenti cette affirmation : « Il n’y a aucune démarche en cours sur de telles mesures.«
15 ans de prison maximum
En Pologne, comme le dispose l’article 200 du Code pénal, les actes pédocriminels sont passibles d’une peine de 2 à 15 ans de prison, mais pas d’un emprisonnement à perpétuité (lien archivé ici).
« Il n’y a aucun projet de modification de textes lié à cette affaire et on n’envisage pas de modifier des peines, surtout dans le cas d’une affaire bien précise« , a précisé Dominika Zietara, interrogée sur les projets éventuels de modifier le code pénal suite à des révélations possibles au cours de l’enquête, tout en soulignant que le « groupe d’enquête n’est qu’au tout début du chemin« .
En outre, à ce stade, aucune personnalité polonaise connue n’a été publiquement identifiée parmi les publications relatives à l’affaire Epstein.
Début février, peu après la publication par la justice américaine de millions de nouveaux documents sur Jeffrey Epstein, le ministre polonais de la Justice, Waldemar Zurek, a annoncé la création d’une équipe composée d’agents des services secrets, de procureurs et de policiers chargée d’enquêter sur les liens entre la Pologne et Jeffrey Epstein, dont il assure la direction.
« Comme vous le savez grâce aux médias, l’entourage d’Epstein comptait des Polonais« , a déclaré Waldemar Zurek à la presse à cette occasion, précisant que les autorités polonaises connaissaient l’identité de ces deux personnes – « une Polonaise et un Polonais » – sans donner plus de détails.
Il a expliqué que son équipe déterminerait si des activités impliquant Jeffrey Epstein et son réseau en Pologne justifient des investigations complémentaires, notamment en cas de découverte de victimes polonaises, et indiqué que ce travail pourrait entraîner la création d’une commission officielle qui pourrait « vouloir demander certains documents classifiés aux États-Unis » dans le cadre d’une éventuelle enquête.
Selon un communiqué publié sur le site du gouvernement polonais le 23 février 2026, l’équipe aura pour principales missions d' »analyser les informations relatives aux crimes potentiels liés aux activités de Jeffrey Epstein dans le contexte des affaires polonaises« , d' »élaborer une stratégie d’enquête visant à clarifier de manière exhaustive les circonstances de l’affaire » ou encore d' »assurer une coopération efficace entre les organes et institutions responsables de la sécurité de l’Etat et de la poursuite des auteurs de crimes » (lien archivé ici).
De son côté, le premier ministre polonais Donald Tusk a affirmé sur X, le même jour : « La pédophilie est un crime contre l’humanité, surtout à l’échelle d’Epstein. La place des personnes impliquées, quelles qu’elles soient, est en prison, et, à plus long terme, en enfer. Aucun compromis n’est envisageable à ce sujet » (lien archivé ici).
Des investigations ont également lieu en France
En France, la procureure de Paris, Laure Beccuau, avait invité mi-février les victimes potentielles de Jeffrey Epstein à témoigner ou à porter plainte, alors que cinq magistrats parisiens enquêtent sur d’éventuels faits commis en France ou dont les victimes ou auteurs seraient Français.
Les magistrats se penchent par ailleurs sur un signalement du ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, pour les faits imputés au diplomate Fabrice Aidan, qui a échangé des dizaines de courriels pendant plusieurs années avec Jeffrey Epstein, selon les documents consultés par l’AFP ; sur le recruteur de mannequins Daniel Siad, après une plainte pour viol ; sur le chef d’orchestre Frédéric Chaslin après une plainte pour harcèlement sexuel.
Le ministère public avait aussi, à cette occasion, indiqué travailler en coordination avec le Parquet national financier (PNF), qui a de son côté ouvert, début février, une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » visant l’ancien ministre de la Culture et désormais ex-président de l’Institut du monde arabe (IMA) Jack Lang et sa fille Caroline Lang, également cités dans les Epstein Files.
La publication de ces archives a entraîné l’essor, sur les réseaux sociaux, de nombreuses allégations trompeuses ou fausses – au profit notamment de la désinformation prorusse.












