Non loin de la frontière entre le Népal et le Tibet, la formation d’un lac de barrage naturel en amont de la région dévastée par les crues meurtrières est devenue la principale source d’inquiétude des équipes de sauvetage sur place.
Celles-ci craignent que cette retenue d’eau ne cède, déclenchant de nouvelles crues dans cette zone déjà largement détruite où les sauveteurs s’activent pour trouver des survivants.
Pas un phénomène exceptionnel
De peur que l’eau ne déborde et mette les équipes en aval en danger, la Chine a temporairement suspendu vendredi matin les opérations de secours. Avant finalement de décider de les reprendre quelques heures plus tard, estimant que le risque de rupture du barrage était désormais moindre.
Cette retenue naturelle d’eau demeure cependant un « danger très réel pour les équipes de secours travaillant en aval », assure Simon Cook, glaciologue et spécialiste de la surveillance des risques géologiques à l’université de Dundee, au Royaume-Uni.
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La création de ce type de barrage naturel « est assez courante lors d’événements comme ces crues », ajoute cet expert. « Lorsque les inondations se sont produites mercredi, le flux extrêmement rapide n’était pas formé uniquement d’eau, mais aussi de boue, de débris de glissement de terrain, ainsi que de blocs de pierre et de roches. Cette masse a atteint la confluence de deux rivières, où tous ces matériaux se sont accumulés pour former ce barrage naturel qui fonctionne comme une sorte de bouchon retenant l’eau s’accumulant derrière », détaille Dorothy Heinrich, spécialiste de l’étude des conditions météorologiques extrêmes à l’université de Reading, au Royaume-Uni.
« Il faut bien se rendre compte qu’il ne s’agit pas d’un barrage qui s’est soigneusement formé au fil des ans ou ayant été renforcé par l’humain. C’est un ensemble de matière instable qui menace de céder », précise Simon Cook. C’est la définition même d’un « risque secondaire » pour cet expert.
Dans le cas de la catastrophe naturelle qui s’est abattue sur la région du Tibet et du Népal, les autorités chinoises – les premières à avoir repéré ce lac de barrage naturel – ont estimé jeudi que plus de 2 millions de mètres cubes d’eau s’étaient accumulés derrière ce « bouchon » naturel.
La Chine a alors déclenché une alerte de niveau 4, c’est-à-dire la plus basse sur l’échelle des urgences (le niveau 1 étant le plus dangereux). Une décision qui a entraîné un renforcement de la surveillance de cette retenue d’eau et l’obligation pour les autorités locales de se préparer pour une éventuelle évacuation des populations qui pourraient être affectées par de nouvelles crues.
Attention aux pluies à venir
La formation d’une telle retenue d’eau est d’autant plus dangereuse qu’il est difficile de réduire le risque d’une rupture. Envoyer des ingénieurs pour tenter de renforcer la structure « est très dangereux », souligne Dorothy Heinrich. Surtout qu’une « intervention humaine pourrait être contre-productive et fragiliser encore plus le barrage naturel », estime Simon Cook.
Pour autant, cela ne signifie pas que la seule option est de croiser les doigts en espérant que le bouchon ne saute pas. « Il est possible d’essayer de creuser des tranchées de drainage sur les côtés afin de créer des voies d’évacuation pour permettre à l’eau de s’écouler de manière plus contrôlée », explique Dorothy Heinrich.
La Chine n’a pas indiqué avoir préparé une telle opération. Les autorités semblent avoir été rassurées par une amélioration naturelle de la situation au niveau de ce lac de barrage. La retenue d’eau « se vide plus rapidement qu’elle ne se remplit », ont rapporté les médias chinois. « Cela signifie que d’un côté, il y a moins d’eau en amont qui vient se déverser dans la retenue, tandis que cette eau semble avoir trouvé le moyen de s’écouler à travers ou sur les côtés de l’amas de débris qui fait office de bouchon », précise Dorothy Heinrich.
La pression sur le barrage est moindre, réduisant le risque qu’il ne s’effondre. Les autorités chinoises ont précisé que le niveau du lac avait baissé d’environ 10 mètres depuis jeudi, « ce qui est une diminution substantielle et représente une excellente nouvelle à court terme », reconnaît Simon Cook.
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Mais les habitants de la région et les sauveteurs sont encore loin d’être à l’abri. En effet, de fortes pluies sont attendues dans les jours à venir et les autorités chinoises prévoient que plus de 3 millions de mètres cubes supplémentaires – l’équivalent de 1 200 piscines olympiques – pourraient se déverser dans ce lac de barrage.
« C’est un vrai danger. Si les pluies font rapidement monter le niveau de l’eau dans le barrage, les débordements peuvent créer un effet de brèche avec une entaille qui va s’élargir de plus en plus. Le risque est alors de libérer la totalité de l’eau accumulée de façon extrêmement soudaine », décrit Simon Cook.
Une éventuelle seconde crue devrait être moins dévastatrice que la première, soutiennent les experts contactés. Il n’empêche que pour les équipes de secours cela pourrait être à la fois dangereux et faire perdre du temps. Ce qui pourrait être catastrophique pour d’éventuels survivants qui n’ont pas encore pu être secourus.

