- El Hacen Diarra est mort dans la nuit du 14 au 15 janvier à Paris.
- Cet homme de 35 ans était en garde à vue au commissariat du 20ᵉ arrondissement.
- Une information judiciaire a été ouverte et l’IGPN saisie alors que planent des soupçons de violences policières ayant conduit au décès.
Que s’est-il passé dans l’enceinte du commissariat et dans une rue du 20ᵉ arrondissement de Paris dans la nuit du 14 au 15 janvier dernier ? Un peu plus d’une semaine après la mort d’El Hacen Diarra, Mauritanien de 35 ans, de très nombreuses questions se posent.
Mardi 14 au soir, cet homme aurait attiré le regard de policiers alors qu’il était en train de rouler un joint sur la voie publique. Il avait été ensuite interpellé et placé en garde à vue pour « usage de faux documents administratifs », « acquisition », « détention et l’usage de produits stupéfiants » et « rébellion », selon les éléments du parquet de Paris transmis à TF1info la semaine dernière. L’interpellation, selon les policiers, ne s’était pas passée dans le calme et l’un d’eux avait confié avoir fait usage de son pistolet à impulsion électrique « au niveau de la cheville »
du trentenaire pour le maîtriser après qu’il eut fait chuter deux d’entre eux par deux fois.
Mais peu avant minuit, alors qu’El Hacen Diarra attendait sur un banc du commissariat après que l’officier de police judiciaire a requis son transport à l’hôpital pour une blessure au niveau de l’arcade, ce dernier a fait un malaise. Malgré l’intervention des pompiers à 23h45, il n’a pu être réanimé. Son décès a été constaté à 0H20 et une enquête a été ouverte par le parquet de Paris en « recherche des causes de la mort ».
Des violences commises par les policiers ?
Pourquoi le trentenaire présentait-il cette blessure ? Des violences ont-elles été commises par les fonctionnaires sans que jamais ceux-ci ne les mentionnent jusqu’à présent ? Pour tenter d’élucider plusieurs points, le parquet de Paris a annoncé lundi 19 janvier l’ouverture d’une information judiciaire sur ces faits, « comme systématiquement lorsqu’une personne décède dans des conditions suspectes ou inexpliquées dans un lieu de privation de liberté »
, précise-t-il. « L’enquête confiée à l’IGPN veillera notamment à déterminer si des violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ont causé la mort du défunt »
, souligne-t-il encore.
Le parquet indique par ailleurs que le rapport d’autopsie pratiqué sur le corps du défunt « n’apporte pas à ce stade de certitude sur la causalité du décès ».
En revanche, les blessures constatées sur le cadavre et les éléments troublants sont nombreux… « Une plaie profonde fronto-temporale droite, saignante, de 1,5 cm x 0,2 cm a été constatée, ainsi que la présence de liquide de régurgitation gastrique en quantité importante. Le rapport relève plusieurs érosions parcheminées sur les jambes. Le médecin légiste mentionne la fracture de la corne du cartilage de la thyroïde ‘d’allure post-mortem’, sans pouvoir affirmer si elle était antérieure au décès ou consécutive à l’autopsie »,
détaille notamment le parquet.
Le médecin légiste a relevé encore « l’absence de signe de lutte, de lésion de défense, de prise et de maintien ».
Il a conclu à un « décès résultant d’une défaillance cardio-circulatoire, dans un contexte d’inhalation trachéo-bronchique massive, dont la cause doit être recherchée, et donc à la nécessité de procéder de manière complémentaire à des analyses toxicologiques et anatomopathologiques ».
Un réexamen du scanner par des radiologues et des examens complémentaires ont été ordonnés. Mais les résultats ne seront pas connus avant plusieurs semaines.
Une vidéo montre des coups portés à la victime
Que disent les policiers intervenants suite à ce décès ? Selon le parquet de Paris, tous ont été entendus dans un premier temps « par des policiers d’un autre commissariat, avant même que la saisine de l’IGPN puisse être effective ». « Les cinq personnes gardées à vue présentes au commissariat du 20ᵉ arrondissement lors de la perte de connaissance du défunt ont également été entendues, et n’ont pu témoigner que des diligences effectuées pour le réanimer et appeler les secours »,
souligne le parquet.
« Aucune vidéosurveillance de voie publique n’a été identifiée comme susceptible de couvrir le lieu d’interpellation. Les caméras piétons des agents interpellateurs n’étaient pas fonctionnelles, du fait selon eux de la décharge de leur batterie, ce qui a été vérifié par l’officier »,
apprend-on du parquet de Paris.
Quant aux vidéosurveillances du commissariat, « elles montrent l’arrivée d’El Hacen Diarra dans les locaux, paraissant, selon les enquêteurs qui les ont exploitées, comme « très fatigué » et soutenu par deux policiers. Il est ensuite vu s’effondrer et rester assis. La vidéo montre alors un policier, remarquant qu’il avait commencé à uriner, apporter une couverture et nettoyer. Puis la vidéo montre encore un policier prendre son pouls, avant de le démenotter et de l’allonger. »
C’est la vidéo d’un particulier et diffusée sur les réseaux sociaux qui a semé le trouble dans cette affaire. Sur les images, un policier porte deux coups à El Hacen Diarra alors qu’il était au sol… Ce que les policiers intervenants n’ont jamais raconté.
Un délai « préjudiciable à la recherche de la vérité »
Dans un communiqué transmis ce mardi à TF1info, Me Yassine Bouzrou, avocat de la famille d’El Hacen Diarra, regrette qu’il ait fallu « cinq jours pour que Madame la procureure de la République saisisse un juge d’instruction, alors même qu’une plainte avait été déposée dès l’origine en ce sens »
. « Ce délai a été préjudiciable à la recherche de la vérité, tant en raison de l’absence de diligences immédiates que d’une communication institutionnelle exclusivement fondée sur les déclarations des policiers impliqués, sans aucun élément objectif de corroboration, présentant le décès comme un simple malaise »
, déplore l’avocat.
Me Bouzrou, qui a eu accès aux conclusions de l’autopsie, pointe par ailleurs la « fracture de la corne du cartilage thyroïde »
constatée sur le corps du défunt, « lésion grave et non anodine, classiquement observée lors d’étranglements »,
note-t-il. « Cette constatation médico-légale corrobore parfaitement la vidéo montrant la victime maintenue au sol, déclarant : ‘Vous m’étranglez' »
, relève-t-il. « L’autopsie révèle également une plaie profonde à la tempe, incompatible avec l’hypothèse d’un malaise spontané et traduisant des violences d’une intensité particulière »,
pointe-t-il encore. « Dans ces conditions, les déclarations publiques de Madame la procureure de la République selon lesquelles la causalité entre l’interpellation violente et le décès ne serait pas établie ne peuvent que surprendre »
, regrette-t-il.
Les investigations se poursuivent pour tenter de comprendre comment ce trentenaire a perdu la vie. « Toute personne ayant été témoin ou disposant d’éléments permettant d’objectiver le déroulé des faits est invitée à les porter à la connaissance des enquêteurs afin de les faire figurer en procédure au plus vite »
, demande enfin le parquet de Paris.











