mercredi, avril 22

  • Nemesio Oseguera, alias « El Mencho », a été tué dimanche à l’âge de 59 ans lors d’une opération de l’armée au Mexique.
  • Le fondateur du redoutable cartel Jalisco Nueva Generacion (CJNG) était considéré comme le dernier des grands parrains du pays.

« El Mencho » était le dernier grand parrain mexicain. Fondateur du redoutable Cartel Jalisco Nueva Generacion (CJNG), Nemesio Oseguera a été tué dimanche 22 février lors d’une opération de l’armée. Âgé de 59 ans, il avait gravi tous les échelons du narcotrafic, lui qui cultivait un usage débridé de la violence au point de défier ouvertement le gouvernement.

Né en 1966 dans une famille pauvre du Michoacan, il immigre jeune aux États-Unis, où il est condamné dans les années 1980 pour trafic d’héroïne. Il est expulsé du Mexique après avoir purgé sa peine. De retour au pays, il rejoint le cartel del Milenio, dont il est éjecté à la suite de luttes internes. « El Mencho » quitte alors son État natal pour le Jalisco voisin, où il fonde en 2009 les « Mata Zetas », bientôt rebaptisés Cartel Jalisco Nueva Generacion. En 2011, le gang signe un de ses massacres les plus symboliques : 35 cadavres sont abandonnés près du lieu d’une réunion de procureurs dans le Veracruz.

Le gouvernement régulièrement ciblé

Prenant le dessus sur de nombreux gangs rivaux, le CJNG se renforce à grande vitesse. Après l’extradition aux États-Unis des fondateurs du cartel de Sinaloa, Joaquin « El Chapo » Guzman et Ismael « Mayo » Zambada, son organisation criminelle devient la plus puissante du pays. Les violences liées à ces groupes, elles, ne cessent de s’accroître : plus de 450.000 morts et plus de 100.000 disparus depuis 2006.

En 2016, le cartel marque les esprits en tirant sur la toute nouvelle gendarmerie nationale du Jalisco, puis tend un guet-apens à un convoi de policiers de cet État de l’ouest mexicain. Ses narcos avaient alors abattu un hélicoptère militaire au lance-roquettes et provoqué barrages et incendies. Des dizaines de personnes avaient trouvé la mort, dont 20 policiers et neuf militaires. Le 20 juin 2020, le pouvoir est une nouvelle fois visé lors d’une attaque sans précédent contre l’actuel secrétaire fédéral à la Sécurité publique, Omar García Harfuch, alors chef de la police de la capitale, blessant celui-ci. Trois personnes avaient trouvé la mort, dont deux gardes du corps.

Comme la plupart des narcotrafiquants, les images de lui sont rares. Sur un avis de recherche du département d’État américain, il apparaît le visage anguleux, les cheveux peignés et une fine moustache, tandis que sur une fiche de l’agence antidrogue américaine (DEA) de 1989, on le voit avec les cheveux frisés et des traits plus grossiers. De sa vie, peu de détails filtrent. On sait seulement qu’Oseguera avait trois enfants et que son ex-épouse et deux de ses fils ont été emprisonnés. Elle a été relâchée, tandis que son aîné, alias « El Menchito », a écopé de la perpétuité aux États-Unis.

En 2025, dans le sillage du retour de Donald Trump aux affaires, le département d’État américain s’empare de la crise du narcotrafic. L’administration déclare le CJNG organisation terroriste, soulignant son caractère « transnational avec une présence dans quasiment tout le Mexique ». Trafic de drogues, d’armes, extorsions, traite de migrants, vols de pétrole et de minerais… Washington accuse le leader du groupe d’une litanie de crimes et met une prime de 15 millions de dollars sur sa tête. Il aura d’ailleurs fallu l’implication des États-Unis pour finalement retrouver sa trace, dimanche : « El Mencho » a été blessé lors d’une opération menée dans la localité de Tapalpa, dans l’État de Jalisco, et est décédé peu après, lors de son transport par avion vers Mexico.

T.G.

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