La balance de la justice (photo d’illustration) – Crédit: DAMIEN MEYER – AFP
La décision du parquet de Metz d’examiner la piste homophobe dans le meurtre du jeune Noahm, alors qu’il ne l’avait pas retenue dans un premier temps, pourrait avoir été influencée par l’opinion publique ou des « prises de position politiques », se sont inquiétés les avocats des deux suspects dans ce dossier, ce vendredi 12 juin.
Après la mort de l’homme de 19 ans, consécutive à une violente agression le 30 mai au petit matin, de nombreuses voix s’étaient élevées pour dénoncer un crime homophobe, notamment celle du leader insoumis, Jean-Luc Mélenchon. Mardi, lors d’une minute de silence, l’Assemblée nationale avait associé ce drame à la mort de la petite Lyhanna.
Le procureur de la République de Metz, David Touvet, avait d’abord affirmé que les premiers éléments de l’enquête ne permettaient pas d’étayer la thèse selon laquelle Noahm aurait été agressé parce qu’il était homosexuel. Il a finalement annoncé jeudi que l’enquête était élargie à une possible motivation homophobe, qui constituerait une circonstance aggravante.
« Manifestement », le parquet a « brutalement changé d’avis à la suite de la minute de silence (à) l’Assemblée nationale et aux diverses prises de position politiques et publiques », a déploré dans un communiqué Me Anthony Besnier, qui défend l’un des deux suspects interpellés après le drame, âgé de 27 ans.
« Cela ne saurait être acceptable dans un Etat de droit où le pouvoir judiciaire doit être indépendant », a poursuivi l’avocat, qui se demande « comment les personnes publiques, et notamment les femmes et hommes politiques de tout bord, ont pu prendre position alors qu’elles/ils n’ont pas accès au dossier ».
Pour Me Nadège Nehlig, qui défend l’autre mis en cause, âgé de 20 ans, « la médiatisation intense semble avoir conduit à une accélération inhabituelle de la procédure, ce qui soulève nécessairement des interrogations quant au respect des droits de la défense ».
Cette affaire, a-t-elle estimé dans un communiqué distinct, montre « comment l’opinion publique peut influer sur le tempo judiciaire ». Cependant, « à trop vouloir rassurer l’opinion, on finit par instrumentaliser le droit et par affaiblir le rôle même du juge », a-t-elle mis en garde.
Des « indices graves et concordants »
En revanche pour Me Sophie Friha, qui défend la famille de Noahm, le fait que l’enquête porte désormais sur une éventuelle dimension homophobe est une « bonne chose ».
Le parquet s’est décidé en fonction d' »indices graves et concordants », « pas par pression politique ni en fonction de la minute de silence », a estimé l’avocate, qui évoque « un concours de circonstances ».
La famille, a-t-elle souligné, souhaite que ce drame puisse sensibiliser la société à la lutte contre la violence, mais « veut éviter la récupération par des partis politiques ».
La mort de Noahm doit être évoquée samedi à Metz lors de la Marche des fiertés organisée par la communauté LGBT+. Un cousin du jeune homme doit prendre la parole pour lui rendre hommage, a indiqué Marie Olléon-Dumas, directrice de l’association Couleurs Gaies. La présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, a également annoncé sa participation.
Article original publié sur BFMTV.com











