Meta a-t-il « appâté » les enfants sur Instagram et Facebook en « cachant la vérité », ou chargé ses équipes d’identifier et de résoudre les problèmes d’usage excessif? Le premier procès fédéral contre le géant des réseaux sociaux s’est ouvert mardi à Oakland, près de San Francisco, sur deux récits inconciliables.
« Meta, l’une des plus grandes et des plus puissantes entreprises au monde, a mené une campagne pour tromper, pour induire en erreur ses utilisateurs, les législateurs, les enseignants et les parents », a fustigé Megan O’Neill, procureure générale adjointe de Californie, devant les jurés qui vont examiner l’affaire jusque fin septembre.
« Il n’y a pas de contestation possible sur le fait que Meta a à la fois reconnu que certaines personnes peuvent avoir du mal à gérer leur usage des réseaux sociaux et cherché à concevoir des outils pour les aider », a rétorqué Paul Schmidt, l’avocat du groupe.
La procureure avait qualifié ces outils de « barrières en papier de soie », seuls 0,2% des adolescents ayant réellement utilisé la fonction « faire une pause ».
Déjà condamné deux fois cette année pour son impact sur des mineurs, Meta affronte ici quatre Etats américains qui lui réclament près de 200 milliards de dollars de pénalités et une refonte de ses deux applications phares.
La Californie, le Colorado, le Kentucky et le New Jersey mènent ce procès, en chef de file d’un total de 29 procureurs généraux qui poursuivent le groupe de Menlo Park depuis 2023.
Ce procès s’inscrit dans un vaste contentieux aux Etats-Unis, qui vise aussi TikTok, Snapchat et YouTube, poursuivis par des familles, des collectivités scolaires et des Etats pour les effets nocifs des plateformes.
Tous gardent en tête le précédent du tabac: les quatre grands cigarettiers, dont la transaction de 1998 pour clore les poursuites de dizaines d’Etats américains est devenue une référence historique, ont versé depuis plus de 176 milliards de dollars et paient encore 9 milliards par an.
« Aucune entreprise, aussi riche, aussi influente, aussi intouchable qu’elle se croie, ne devrait pouvoir se placer au-dessus de la vérité, de la loi et de nos enfants », a déclaré aux médias Lori Schott, venue manifester au tribunal avec d’autres mères qui accusent les réseaux sociaux d’avoir détruit la santé mentale de leurs enfants.
– 193 milliards –
L’accusation tient en trois volets: Meta aurait menti sur la nocivité de ses applications pour les adolescents, conçu certaines fonctionnalités pour les retenir, et collecté les données d’enfants de moins de 13 ans sans consentement parental, en violation d’une loi fédérale.

