En douze mois à peine, c’est bien lui qui a la plus grande influence sur les arts, et pas seulement dans son pays. Alors, même si ça choquera, la personnalité culturelle de 2025 s’appelle Donald Trump. Le président américain a dévitalisé les agences fédérales chargées de soutenir les arts ou les bibliothèques, il a coupé les vivres ici et là, fragilisant musées ou salles de spectacle. Mais ça ne suffit pas pour lui attribuer ce titre, surtout dans un pays où l’essentiel des lieux culturels est privé et financé par le mécénat.
Non, ce qui est inédit et vertigineux, c’est la façon dont Trump aborde la culture. Lors de son premier mandat, à partir de 2016, hormis quelques saillies, il adopte une retenue teintée de frustration, une posture que l’on retrouve chez la quasi-totalité des responsables politiques occidentaux, sans doute par peur d’être qualifié de beauf ou de censeur.
Trump 2 fait sauter le verrou culturel. Il s’assoit sur les traditions, par exemple celle qui veut qu’un président élu conserve dans le hall de la Maison Blanche le portrait peint de son prédécesseur (il a remplacé celui d’Obama par le sien). Il met fin à une forme de neutralité artistique entre républicains et démocrates. Surtout, il ose ce que personne n’a osé : intervenir sans complexe dans les arts, brimer, insulter, humilier et le claironner. C’est violent et inédit dans une démocratie.
Une partie des mesures culturelles prises par l’administration Trump sont contestées devant des tribunaux et déjà des subventions supprimées ont été rétablies par la justice. Mais ce qui frappe, c’est l’intensité et la radicalité des décisions prises en onze mois.
Liste non exhaustive : retirer des bibliothèques publiques du pays un bon millier de livres jugés gauchistes (jusqu’au roman 1984, de George Orwell) ; annuler des expositions comme celle sur les artistes noirs et LGBTQ+ au Musée d’art des Amériques, à Washington ; limoger plusieurs responsables jugés progressistes, par exemple la directrice de la Bibliothèque du Congrès ou le directeur du Musée afro-américain de Washington ; virer Todd Arrington, directeur de la Bibliothèque présidentielle Eisenhower, à Abilene (Kansas), pour s’être opposé au fait que Trump « pique » dans les collections une épée d’Eisenhower pour l’offrir au roi d’Angleterre, Charles III, au mépris du patrimoine ; démolir une aile de la Maison Blanche pour construire une salle de bal ; demander aux parcs nationaux de supprimer les références à l’esclavage ; choisir, pour représenter les Etats-Unis à la Biennale de Venise 2026, un sculpteur quasi inconnu portant un chapeau de cow-boy ; obtenir des studios Paramount, qui appartiennent à son ami David Ellison, de ressusciter au cinéma la saga Rush Hour (deux flics arrêtent des méchants) et confier la mise en scène à Brett Ratner, accusé de l’agression sexuelle de plusieurs femmes.
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