- Plus de 11.000 hectares de végétation ont été touchés par le mégafeu qui a ravagé le massif des Corbières, dans l’Aude en août 2025.
- Pourtant, ces bois, seulement calcinés à l’extérieur, peuvent encore être utilisés.
- L’ONF et une entreprise privée se sont lancés dans l’exploitation de cette ressource.
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L’Aude ravagée par le plus gros incendie de l’été 2025
Plus de 11.000 hectares de végétation brûlés, sur les quelque 16.000 parcourus par les flammes dans l’Aude en août, et des milliers de tonnes de bois à exploiter. Des arbres calcinés se dressent sur les collines des Corbières ravagées par le plus grand incendie survenu en France depuis un demi-siècle, laissant un paysage désolant. Avec, en dépit du sinistre, une ressource qui reste exploitable.
« On n’a jamais eu des volumes aussi conséquents, sauf dans les Landes avec l’incendie autour de la dune du Pilat »
, souligne Stéphane Villarubias, directeur territorial de l’Office national des forêts (ONF). Selon le décompte réalisé par l’ONF une fois le feu éteint, 11.133 hectares de végétation ont effectivement brûlé et la masse de bois à traiter est évaluée a minima « entre 60.000 et 80.000 m³ »
.
Le bois est sain à l’intérieur
Le bois est sain à l’intérieur
Stéphane Villarubias, directeur territorial de l’ONF
Car malgré la couche carbonisée, « le bois est sain (à l’intérieur), on voit même encore un petit peu de résine qui coule, un petit peu de sève, donc, ça veut dire que la matière est totalement utilisable à ce stade »
, affirme le patron de l’Office pour l’Aude, l’Ariège et les Pyrénées-Orientales.
Une ressource à « valoriser au mieux »
pour l’ONF, sur son domaine d’intervention, puisqu’elle garde une valeur marchande. Elle est « transformable en plaquettes forestières (copeaux broyés) à destination de chaudières »
ou « quand le bois est droit, il peut être scié pour faire des planches destinées à la fabrication de palettes »
, détaille Stéphane Villarubias.
Un bois sec et prêt à l’emploi
L’entreprise gardoise Environnement Bois Énergie (EBE) s’est peu à peu spécialisée dans ce matériau ingrat, dont ne veulent pas les scieries ou les papeteries. « Depuis quinze ans, nous avons traité tous les grands incendies, de La Clape (un des massifs de l’Aude, ndlr) à Carcassonne »
, explique à l’AFP son directeur Bernard Philip.

D’autant que le bois issu des incendies possède un double avantage non négligeable :
il est déjà sec et prêt à l’emploi, ce qui évite un stockage coûteux ; et « les bois brûlés ont un taux d’humidité plus bas, donc on les vend mieux »
, autour de 60 à 70 euros la tonne, déclare Bernard Philip.
C’est une démarche vertueuse, on va brûler du bois voué à la destruction
C’est une démarche vertueuse, on va brûler du bois voué à la destruction
Laurent Lignère, viticulteur à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse
Dans le cas du mégafeu des Corbières, l’entreprise intervient déjà depuis plusieurs semaines dans des forêts de propriétaires privés pour traiter les « dizaines de milliers de tonnes de bois »
touchées.

« Ils m’enlèvent tous les bois brûlés de mon exploitation (…) je n’ai pas à faire le travail, et en contrepartie, ils récupèrent le bois pour pouvoir l’exploiter »
, indique à l’AFP Laurent Lignère, viticulteur à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse. « C’est une démarche vertueuse, on va brûler du bois qui était voué à la destruction et qui allait pourrir sur place
, estime l’exploitant, dans l’une des communes les plus touchées par le feu. C’est quelque part de l’énergie verte. »
Les retombées profiteront en partie aux communes sinistrées
De son côté, l’ONF effectue des mises aux enchères pour commercialiser les surfaces brûlées dont la physionomie du terrain permet leur exploitation.
À terme, les ressources générées retomberont pour partie dans l’escarcelle des communes sinistrées « pour des investissements, soit en forêt, soit sur la voirie »
permettant de mieux lutter contre les incendies, avance le directeur territorial Stéphane Villarubias.











