« Marco Rubio sera président de Cuba ». En relayant cette phrase d’un internaute, assortie d’un laconique « ça me semble bien ! », Donald Trump signe une nouvelle provocation, et un hommage appuyé à son secrétaire d’État. Une sortie révélatrice de l’ascension fulgurante de Marco Rubio, devenu l’homme fort de la politique étrangère américaine en Amérique latine.
Chargé de piloter la transition politique au Venezuela après la capture de Nicolas Maduro par les forces américaines, ce fils d’immigrés cubains se retrouve au cœur de tous les dossiers explosifs de la région. Avant même de savourer le succès de l’opération au Venezuela, et déjà au-delà, Cuba hantait son agenda. En plus de dix ans, Marco Rubio a façonné une ligne dure envers les gouvernements latino-américains de gauche, transformant un combat personnel – hérité de l’exil familial – en doctrine officielle de l’administration Trump.
À lire aussiLe Venezuela sous tutelle américaine ? Le pari risqué de Donald Trump
L’exil cubain comme matrice politique
Marco Antonio Rubio naît en 1971 à Miami, au sein d’une famille ayant fui le régime castriste. L’héritage anticommuniste et le récit du « rêve américain » structurent très tôt son identité politique, selon sa biographie publiée sur le site du Département d’État. Enfant, il confie à son grand-père la promesse de renverser Fidel Castro et de devenir un jour président de Cuba. Une ambition des hautes fonctions qui ne l’a jamais quittée.
Son père travaille comme serveur, sa mère comme femme de chambre dans un hôtel. Élevé dans un environnement valorisant la foi, la famille et le travail, Marco Rubio intègre ces références à un discours conservateur qu’il politise très tôt. Diplômé en sciences politiques et en droit, il débute sa carrière comme conseiller municipal à West Miami avant de gravir rapidement les échelons en Floride, jusqu’à devenir, à seulement 34 ans, le premier président cubano-américain de la Chambre des représentants de l’État.
L’année 2010 marque un tournant. Marco Rubio décroche un siège au Sénat après une campagne très médiatisée, porté par la vague du Tea Party. Excellent orateur et habitué des plateaux de télévision, il s’impose rapidement comme l’un des nouveaux visages de l’aile la plus dure du Parti républicain.
Selon le politologue Federico García, interrogé par France 24, Marco Rubio « est un représentant des communautés cubano-américaines de Floride, traditionnellement très conservatrices ». Un ancrage qui façonne sa vision du monde. « C’est un homme formé dans la lutte électorale permanente, sous les feux de la controverse et du clientélisme », explique-t-il.
Au Capitole, il concentre son action sur la politique étrangère et la sécurité nationale. Membre influent de la commission des Affaires étrangères, vice-président de la commission du Renseignement, il pèse sur les grands dossiers stratégiques, de la Chine à l’Amérique latine. Il est à l’origine de plusieurs textes emblématiques, dont la loi sur le travail forcé des Ouïghours en 2021, celle sur les sanctions contre Hong Kong en 2020 ou encore la loi VERDAD (« vérité » en français) en 2019, socle juridique des sanctions contre le Venezuela.
À lire aussiVenezuela : l’intervention américaine met à l’épreuve le droit international et le Congrès
Cette influence lui vaut d’être considéré, dès le premier mandat de Donald Trump, comme un « secrétaire d’État de l’ombre » pour l’Amérique latine, selon le site d’investigation Misión Verdad.
De rival à allié
La relation entre Marco Rubio et Donald Trump a pourtant débuté dans la confrontation. En 2016, les deux hommes s’affrontent lors des primaires républicaines, dans une campagne marquée par des attaques personnelles virulentes. Donald Trump le surnomme « Little Marco », ce dernier ayant suggéré que le magnat de l’immobilier avait un pénis anormalement petit. Loin de l’affaiblir, sa défaite renforce sa notoriété nationale.
Le rapprochement s’opère lors de l’enquête sur l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016. À la tête, par intérim, de la commission du Renseignement, Marco Rubio reconnaît en 2020 l’intervention de Moscou tout en écartant l’existence d’une collusion criminelle entre l’équipe de Donald Trump et la Russie. Cette « faveur politique de haut vol », selon les mots de Misión Verdad, porte ses fruits : en novembre 2024, Donald Trump le nomme secrétaire d’État. Sa confirmation, acquise à l’unanimité du Sénat, consacre son ascension au sein de la mouvance MAGA. Et lui offre les moyens de projeter, à la tête de la diplomatie américaine, une obsession politique ancienne.
Premier chef de la diplomatie américaine d’origine latino, Marco Rubio n’a jamais dissocié sa trajectoire personnelle de son combat contre les régimes de Cuba et du Venezuela. Pour Federico García, sa posture sur ces deux pays repose sur un anticommunisme assumé, qui sert à la fois de conviction idéologique et de levier électoral en Floride.
À lire aussiAprès la capture de Maduro au Venezuela, Trump tenté par une opération à Cuba ?
Dans le cas de Cuba, Marco Rubio s’est toujours opposé à toute tentative de rapprochement. Au cours du premier mandat de Donald Trump, il œuvre activement au durcissement des sanctions et à la mise en cause des dirigeants cubains, y compris le conglomérat militaire de l’île, selon le Département d’État.
« Une grande partie de son discours en Floride repose sur la peur, car c’est un levier politique efficace », analyse Federico García, pour qui cette stratégie répond moins à une menace réelle qu’à des calculs de politique intérieure. « Avoir un ennemi est toujours un avantage. «
Une obsession de longue date
Si Cuba reste un marqueur identitaire, le Venezuela devient le cœur de sa stratégie internationale. En tant que sénateur de Floride, il était l’architecte de la politique de sanctions contre Caracas, qu’il justifie dès 2012 en présentant le pays comme une menace « inhabituelle et extraordinaire » pour les États-Unis.
Désormais secrétaire d’État, il assume un rôle de supervision directe du dossier. Selon Reuters, son plan se décline en trois étapes : chute de Nicolas Maduro, accès privilégié des entreprises américaines au pétrole, puis encadrement de la transition politique. « Le processus en cours nous permet d’exercer un contrôle et une influence considérables sur ce que font les autorités provisoires », affirme-t-il début janvier.
Cette logique de rapport de force s’étend au-delà de Caracas. Peu après sa nomination en janvier 2025, Marco Rubio avait passé son premier appel international au président du Guyana Irfaan Ali, évoquant la défense de « l’intégrité territoriale » du pays face aux revendications vénézuéliennes sur l’Essequibo, région riche en pétrole. Lors d’une visite à Georgetown en mars 2025, il avait participé à des exercices militaires conjoints et qualifiait le Venezuela de « menace régionale ».
À lire aussiMarco Rubio au Venezuela : toute attaque contre le Guyana « finira mal »
Une stratégie régionale qui trouve toutefois ses limites face à deux acteurs impossibles à marginaliser : le Brésil et le Mexique. « Marco Rubio peut tenir un discours très dur contre la gauche latino-américaine, mais il ne peut ignorer que ce sont des partenaires stratégiques incontournables pour les États-Unis », souligne Federico García.
À la différence d’autres pays de la région, le Brésil et le Mexique disposent, selon le politologue, d’un poids institutionnel et économique suffisant pour défendre leurs positions sans être soumis aux pressions de Marco Rubio. « La gauche brésilienne et mexicaine n’est pas une gauche symbolique : elle gouverne, négocie et impose ses conditions », conclut Federico García.
Cet article a été adapté de l’espagnol par Barbara Gabel. L’original est à retrouver ici.











