Des milliers d’agriculteurs sont à Strasbourg, mardi 20 janvier, pour exprimer leur rejet de l’accord commercial avec le Mercosur et « mettre la pression » sur les députés européens, à la veille d’un vote sur une saisine de la justice. Les agriculteurs, français en majorité mais aussi italiens, belges ou encore polonais, ont rejoint le bâtiment en fin de matinée, parfois en tracteur. A la mi-journée, la police estimait qu’ils étaient plus de 5 500 personnes.
Dans l’après-midi, l’ambiance s’est tendue, des manifestants jetant des fumigènes, des bouteilles et des fruits vers les CRS, qui ont répliqué à coups de grenades lacrymogènes. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a signé il y a trois jours au Paraguay l’accord de libre-échange contesté avec les quatre pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), est la cible des critiques. Son nom a été hué et un cercueil portant le nom de la présidente de la Commission a été exhibé.
« Nous sommes nombreux aujourd’hui parce que nous voulons continuer à nous battre pour une vision d’une agriculture qui produit en Europe », a déclaré Arnaud Rousseau, président de la FNSEA. L’accord avec le Mercosur est « quelque chose que nous ne voulons pas », a-t-il insisté, appelant les députés européens à soutenir cette cause quel que soit leur parti ou leur pays.
Les eurodéputés ne se prononceront sur l’ensemble de l’accord que dans les prochains mois, mais ils sont appelés à s’exprimer mercredi sur une éventuelle saisine de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). En cas de vote positif, la CJUE étudiera la compatibilité de l’accord avec les traités. Si l’avis est négatif, l’accord ne pourra entrer en vigueur que s’il est modifié.
« Même s’il y a des pays qui sont favorables au Mercosur, à l’intérieur des pays, il y a des eurodéputés qui se questionnent fortement et ça peut se jouer à quelques voix près, donc il faut continuer à mettre la pression », a souligné Hervé Lapie, secrétaire général de la FNSEA. Les agriculteurs ont prévu de rester à Strasbourg jusqu’à mercredi.
Motion de censure contre Ursula von der Leyen
Négocié depuis 1999, l’accord avec le Mercosur a été soutenu par une majorité d’Etats. La France s’y est opposée. Ce texte crée l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde entre l’Union européenne (UE), le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay, soit plus de 700 millions de consommateurs. Il doit permettre à l’UE d’exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux vers l’Amérique latine tout en facilitant l’entrée en Europe de viande bovine, sucre, riz, miel et soja sud-américains.
Pour ses détracteurs, cela va bousculer l’agriculture européenne avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l’UE, faute de contrôles suffisants.
« On a peur pour nous, pour nos revenus mais aussi pour nos concitoyens, qui vont voir arriver des produits alimentaires qu’on n’a pas le droit de produire chez nous », a a témoigné M. Lapie, déplorant un « troc ». « Nous mettre autant de normes, de réglementations qui grèvent notre compétitivité, à nous les paysans français et européens, et importer des produits alimentaires qui ne respectent en rien ce qu’on nous impose… On touche quand même le fond. »
« C’est aux parlementaires [européens] de décider maintenant de saisir la Cour de justice européenne. Moi, je le comprends et j’espère que cette démarche ira à son terme », a affirmé mardi matin sur TF1 la ministre de l’agriculture, Annie Genevard.
Au-delà de l’accord avec le Mercosur, les manifestants, soutenus par le Copa-Cogeca, principale organisation agricole européenne, s’inquiètent de l’avenir et du financement de la Politique agricole commune (PAC) et réclament des mesures de simplification.
Au lendemain du vote sur la saisine de la justice, les eurodéputés seront amenés à voter jeudi midi sur une motion de censure à l’encontre de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Cette motion, à l’initiative du groupe d’extrême droite des Patriotes pour l’Europe, qui dénonce l’accord avec le Mercosur, a peu de chances de succès, son adoption requérant la majorité des deux tiers des suffrages exprimés, représentant la majorité des députés qui composent le Parlement.












