Nouvelle arrestation dans le camp réformateur et condamnation de Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix : l’Iran intensifie la répression à l’intérieur du pays, tout en maintenant la voie diplomatique ouverte avec les États-Unis.
Malgré la reprise des pourparlers vendredi à Oman, le ton reste ferme et la « méfiance profonde » envers les Etats-Unis, a averti le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi. Cependant, lors d’entretiens téléphoniques avec ses homologues de Turquie, d’Égypte et d’Arabie saoudite, il a estimé que ces pourparlers étaient « un bon début », selon la télévision d’État.
Confronté à l’un de ses plus grands défis, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a appelé ses compatriotes à faire preuve de « résilience » à l’occasion de l’anniversaire cette semaine de la Révolution islamique de 1979. « La puissance d’une nation ne réside pas tant dans ses missiles et ses avions que dans la volonté et la résilience de son peuple », a souligné le dirigeant, ajoutant : « Montrez-le à nouveau et déjouez les plans de l’ennemi ».
À lire aussiIran, la révolte massacrée. Avec Julie Dungelhoeff, Bahar Makooi et Ershad Alajani
Il a livré ce message de fermeté au moment où le pouvoir accentue la pression sur les voix critiques. Cinq figures de la coalition du Front des réformateurs ont été interpellées depuis dimanche, dont sa cheffe Azar Mansouri, son porte-parole Javad Emam et l’ancien député Ali Shakouri Rad, selon des médias iraniens.
Le mouvement de contestation étouffé
Le camp réformateur avait largement soutenu le président Massoud Pezeshkian lors de la campagne présidentielle de 2024. Mais il a pris ses distances avec ce dernier après les manifestations qui ont éclaté fin décembre contre le marasme économique et pris de l’ampleur les 8 et 9 janvier.
Hossein Karoubi, le fils de l’opposant Mehdi Karoubi, a également été arrêté lundi après avoir été convoqué par le parquet, selon son avocat Mohammad Jalilian, cité par l’agence Fars. Son père a lui-même passé des années en résidence surveillée avant d’être libéré l’an dernier.
Le mouvement de contestation a été étouffé dans le sang par les autorités. L’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux États-Unis, a confirmé 6 964 décès, pour la plupart des manifestants, et a recensé 51 790 arrestations.
Autre cible du pouvoir, Narges Mohammadi, lauréate du Nobel de la paix en 2023, a été condamnée samedi à de la prison ferme, selon son avocat. Emprisonnée à plusieurs reprises ces 25 dernières années pour son engagement contre la peine de mort et le code vestimentaire strict pour les femmes en Iran, elle a cette fois été condamnée pour « rassemblement et collusion en vue de commettre des crimes » et « activités de propagande », dans deux affaires distinctes.
À lire aussiPrix Nobel de la paix : Narges Mohammadi, une vie pour la défense des droits humains en Iran
L’Iran a « fait à nouveau le choix de la répression et de l’intimidation », a déploré lundi le ministère français des Affaires étrangères.
L’Iran n’accepte de discuter que de son programme nucléaire
Le président américain Donald Trump a multiplié en janvier les menaces d’intervention militaire en Iran face à la répression des rassemblements. Mais le sujet semble avoir été éludé lors des pourparlers qui se sont tenus à Oman, les premiers depuis la guerre de 12 jours déclenchée en juin par Israël. L’Iran n’accepte de discuter que de son programme nucléaire, martelant son droit à enrichir l’uranium à des fins civiles, alors que les pays occidentaux et Israël l’accusent de chercher à se doter de l’arme nucléaire.
Répondant à une question « sur la possibilité de diluer » son stock d’uranium enrichi à 60 %, proche du seuil de 90 % nécessaire à la fabrication de la bombe, le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique Mohammad Eslami a déclaré « que cela dépendait de la levée de toutes les sanctions en contrepartie », a rapporté l’agence officielle Irna.
Avant les frappes israélo-américaines sur ses sites nucléaires en juin, l’Iran enrichissait l’uranium à 60 %, bien au-delà des 3,67 % autorisés par l’accord nucléaire conclu avec les grandes puissances en 2015, devenu caduc à la suite du retrait unilatéral de Washington en 2018.
Les États-Unis, qui ont déployé une vaste force navale dans le Golfe, exigent un accord plus large, incluant la limitation des capacités balistiques du pays et l’arrêt de son soutien à des groupes armés hostiles à Israël.
Malgré ces divergences, Donald Trump s’est félicité de « très bonnes » discussions qui devraient se poursuivre dans les prochains jours. Le secrétaire de la plus haute instance de sécurité en Iran, Ali Larijani, est attendu mardi à Oman pour « discuter des derniers développements régionaux et internationaux ».
Avec AFP













