Avec notre correspondant à Antananarivo, Guilhem Fabry
Les maisons en dur et en tôles ont presque toutes été rasées en quelques jours fin juillet. À la place, la future plateforme de Tsarakofafa doit permettre de stocker temporairement un plus grand nombre de conteneurs. La plupart des habitants expulsés disposaient de permis de construire et d’autorisations d’occupation délivrés par les autorités locales selon leur avocat, Maître Tsiry Andrianomena.
« Beaucoup de gens habitaient les lieux depuis plus d’une vingtaine d’années. La Spat, la société gestionnaire du port, n’est pas en mesure de dire précisément combien de personnes vivaient là car elle n’a pas fait de recensement. Ils payaient leurs impôts à la commune urbaine de Toamasina. Leur occupation était largement tolérée par l’autorité locale jusqu’à ce jour. Il y avait des maisons, une école, une pharmacie. C’était un vrai village. L’expulsion a été assez brutale parce qu’on a démoli des centaines, voire des milliers de maisons sans accompagnement social. C’est seulement après qu’on essaie, en vain, de les relocaliser. Beaucoup ont perdu des documents personnels, des biens de valeur. Jusqu’à présent, certains n’ont pas de toit pour dormir », a déclaré l’avocat.
Le chantier a été lancé après la publication d’une ordonnance judiciaire autorisant la libération du terrain en août 2025.
Une aide financière
« Ce fut une longue bataille devant les tribunaux. Les occupants illicites avaient des documents en leur possession, mais la Spat a obtenu gain de cause à chaque fois, se félicite Anicet Randriambahoaka, directeur du port de Tamatave. Nous avons pris le temps de réfléchir en prônant le dialogue et nous avons proposé des aides. Il ne s’agit pas de compensations puisque nous ne sommes pas dans le cadre d’expropriations. Nous n’étions pas obligés de le faire. Nous avons créé un package, avec un terrain de 250 m2 pour chaque ménage dans un lotissement situé à un kilomètre du site en question. Ils deviennent propriétaires. Il y a ensuite un appui pour le transport de leurs effets personnels vers le nouveau site. Et enfin l’argent : pour les maisons en dur, qu’importe la taille, on leur a donné 20 millions d’ariary (environ 4 000 euros, ndlr) et pour les maisons en bois, 10 millions d’ariary. Nous avons créé un guichet unique dans le nouveau lotissement chargé de recevoir les dossiers de demande et de vérifier s’il s’agit bien d’occupants de l’ancien site. »
L’aide financière, équivalente à 2 000 ou 4 000 euros environ, n’est pas à la hauteur du préjudice subi de l’aveu même du directeur du port, qui encourage les habitants délogés à porter plainte contre les personnes leur ayant donné l’autorisation de s’installer sur ce site.
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