Les tubes mondiaux nigérians de demain auront-ils un accent français ? À Lagos, neuf compositeurs venus de France et issus du rap, de la pop ou des musiques urbaines ont travaillé pendant une semaine avec des talents locaux de l’afrobeats pour créer 60 morceaux à visée internationale.
Dans la capitale économique et culturelle du Nigéria, le français, l’anglais, le pidgin et le créole se sont mêlés aux mélodies musicales pour créer de futurs tubes dans les locaux de la célèbre maison de disque nigériane Mavin Records, qui produit les stars de l’afrobeats Rema, Ladipoe et Ayra Starr – en espérant suivre les traces de cette dernière, qui s’est joint à la star française Aya Nakamura sur une deuxième version de son tube « Hypé », devenu un gros succès commercial.
« Si un morceau ou deux deviennent un hit, un ‘Rush’ d’Ayra Starr ou un ‘Calm Down’ de Rema, on aura tout gagné », explique à l’AFP Akotchayé Okio, directeur du développement international à la Sacem, un organisme français qui gère les droits d’auteurs des professionnels de la musique, à l’origine de cette rencontre franco-nigériane aux côtés de Mavin Records et de l’ambassade de France.
La Sacem a organisé des camps similaires en dehors du continent africain, mettant à l’honneur d’autres genres musicaux, aux États-Unis, en France, en Corée du Sud ou encore aux Pays-Bas.
L’afrobeats, qui fusionne rythmes africains traditionnels et sonorités pop contemporaines, puise ses racines dans le Nigeria des années 1970, sous l’influence de Fela Kuti (1938-1997), considéré comme le père de l’afrobeat (sans « s », genre musical issu quant à lui d’un mélange de musique traditionnelle nigériane, de jazz et de funk).
Aujourd’hui, l’afrobeats est devenu l’un des genres les plus populaires au monde, porté en particulier par la diaspora nigériane, qui contribue à son rayonnement international.
L’afrobeats : né en Afrique de l’Ouest, « mais son futur est international »
« Les chanteurs signés chez Mavin Records choisiront plus tard les sons fabriqués qui leur conviennent et poseront (leur voix) dessus », précise le responsable de la Sacem.
Dans l’un des studios du label, situé à Lagos, les beatmakers français PSK (de son vrai nom Maxime Pasquier) et nigériane Dunnie Alexandra Lawal ont façonné plusieurs mélodies.
Le Français de 21 ans, qui a toujours voulu collaborer à l’international, n’était jamais allé en Afrique, comme plusieurs autres participants. Il a déjà travaillé avec de grands artistes français de la scène rap tels que Ninho, Jok’Air et Genezio.
« Ce que j’ai trouvé intéressant et différent de la manière dont nous procédons en France, c’est la façon dont les gens se laissent porter par un morceau. Ils vont beaucoup plus au bout de leurs idées », commente le beatmaker, qui a mis à profit son talent de pianiste pour créer des chansons à la fois calmes et très rythmées.
Elestee, de son vrai nom Treasure Apiafi Banigo, chanteuse et auteure-compositrice chez Mavin Records, a ajusté les compositions.
« Ce morceau avec le piano te met de bonne humeur tout en te rendant pensif. Je pourrais l’écouter à six heures du matin en conduisant, le sourire aux lèvres. Le public va l’adorer », selon elle.
« L’afrobeats a peut-être vu le jour en Afrique de l’Ouest, mais son futur est international », estime Dunnie Alexandra Lawal. Un avis partagé par Kizito Ahams, responsable des licences chez Mavin Records, selon qui les demandes de collaboration, notamment en France, sont croissantes.
Échange créatif et industriel
Ces dernières années, les collaborations entre artistes français et nigérians se sont multipliées.
En 2025, Tiakola et Asake ont sorti le titre « Badman Gangsta », tandis que Joé Dwèt Filé et Burna Boy ont connu un large succès avec leur tube « 4 Kampé II ».
« Dans toutes les sorties, quand on regarde le top, il y a toujours un morceau influencé par l’afro, et surtout par l’afrobeats » en France, souligne le beatmaker français Nassim Diane alias Voluptyk, 24 ans, qui a travaillé avec des artistes comme Soolking, Naps et Jul.
Il attribue l’effervescence de la scène nigériane autant au talent des artistes qu’à la place centrale qu’occupe la musique dans la vie quotidienne des Nigérians : « Il y a de la musique partout. Dès qu’on arrive dans les bus, les hôtels, il y en a partout. C’est vraiment un pays de musique ».
Pour Shannon, chanteuse, auteure-compositrice et interprète française – elle vient de l’île antillaise de la Martinique –, l’un des aspects les plus importants du camp a été la rencontre de styles rarement combinés, comme l’afrobeats et le shatta (un mélange caribéen de dancehall, trap et sons électroniques), ouvrant ainsi de nouvelles pistes créatives. « Ça se fond, ça se mélange à merveille », se réjouit-elle.
Avec AFP












