Voilà un demi-siècle au moins, depuis le premier choc pétrolier, que la question industrielle occupe le débat public. Alors que les positions oscillaient entre désindustrialisation et réindustrialisation, le choc sanitaire du Covid-19, en révélant notre dépendance à l’égard d’un produit de base comme le Doliprane, a suffi à faire pencher la balance en faveur de la seconde option. L’invasion de l’Ukraine par la Russie et la guerre économique engagée par les Etats-Unis ont enfoncé le clou.
Parmi les facteurs de réindustrialisation, tous les observateurs s’accordent à considérer que l’éducation et la formation ont un rôle majeur à jouer. Rares sont cependant les voix qui mettent en avant le rôle des arts et du design. Souvenons-nous pourtant que leur histoire est indissociable de celle de l’industrie. C’est d’abord à Londres, au milieu du XIXe siècle, soit à l’épicentre de la révolution industrielle, dans une revue fondée par un inspecteur des écoles professionnelles d’arts appliqués, promoteur de « l’alliance des beaux-arts ou de la beauté avec la production mécanique », que le mot « design » fait son apparition. Une soixantaine d’années plus tard, le réel de l’industrie fait effraction dans le champ artistique avec les premiers ready-mades de Marcel Duchamp : roue de bicyclette, porte-bouteilles, urinoir. A la même époque, Apollinaire s’enthousiasme pour « la grâce de cette rue industrielle », tandis que Fernand Léger déclare son amour pour « les formes imposées par l’industrie moderne ».
Si nous n’en sommes évidemment plus là, il reste que le besoin de remise en récit et en visibilité de l’industrie n’a jamais été aussi criant. Selon un sondage récent, 60 % des jeunes ont une assez bonne opinion de l’industrie, mais ils ne sont que 17 % à considérer que c’est le secteur le plus intéressant – loin derrière le commerce, qui réunit 30 % des suffrages. Quant aux acteurs les plus représentatifs, il s’agit d’Amazon pour les entreprises et d’Elon Musk pour les personnalités.
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