Le gouvernement espagnol a annoncé jeudi qu’il déploierait l’armée dans son enclave nord-africaine de Ceuta pour renforcer la sécurité, après que des centaines de migrants ont franchi illégalement la frontière au cours d’une période chaotique de 24 heures, nombre d’entre eux contournant la frontière à la nage pour atteindre le territoire.
Auparavant, le président régional de Ceuta, Juan Jesús Vivas, avait exhorté Madrid à déclarer l’état d’urgence nationale et à prendre en main la situation dans la ville autonome, avertissant que les autorités locales étaient débordées par l’afflux de nouveaux arrivants.
Le ministère de l’Intérieur avait initialement écarté l’idée de déclarer l’état d’urgence nationale, arguant que la réglementation espagnole en matière de protection civile ne classe pas les flux migratoires parmi les risques couverts par le Système national de protection civile. Il a toutefois annoncé par la suite le déploiement de troupes pour aider à rétablir l’ordre et renforcer la sécurité.
Parallèlement, le commissaire européen chargé de la migration, l’Autrichien Magnus Brunner, a indiqué être en contact permanent avec les autorités espagnoles et a souligné que la protection des frontières extérieures de l’UE demeurait « un élément crucial de nos efforts pour lutter contre l’immigration illégale ».
La Commission européenne a fait savoir qu’elle avait proposé un soutien opérationnel par l’intermédiaire de Frontex.
Ces événements ont rappelé la crise migratoire de 2021, durant laquelle quelque 10 000 personnes étaient entrées à Ceuta en l’espace de deux jours. Bien que le Maroc affirme coopérer avec l’Espagne et l’UE pour gérer ces nouvelles arrivées, Rabat a par le passé été accusé d’utiliser les flux migratoires pour exercer une pression politique sur son voisin européen.
L’Espagne et le Maroc conviennent d’accélérer les retours
Jeudi, des centaines de personnes ont rejoint Ceuta depuis le Maroc, à la nage ou à l’aide d’engins gonflables pour atteindre la plage de Tarajal, submergeant ainsi les agents de la Garde civile.
Plus de 60 personnes ont trouvé la mort en tentant cette traversée au cours des douze derniers mois.
Le Premier ministre Pedro Sánchez a déclaré que son gouvernement était « pleinement déterminé à apporter une réponse immédiate à la situation à Ceuta » et s’est engagé à collaborer avec les autorités marocaines pour « rétablir la normalité dans les plus brefs délais ».
Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, doit se rendre à Ceuta pour rencontrer les autorités locales et évaluer la situation. Les deux pays ont annoncé avoir convenu d’une procédure visant à accélérer les retours, bien qu’aucun calendrier ni aucun chiffre n’ait été rendu public.
Le ministère espagnol de l’Intérieur a également indiqué que des réseaux de trafic d’êtres humains pourraient exploiter une récente décision de justice pour inciter des migrants en situation irrégulière à tenter la traversée. Rabat a également pointé du doigt les trafiquants, alors même que ses propres forces de l’ordre assurent la surveillance de la frontière.
Des sources diplomatiques marocaines ont affirmé que la hausse des traversées irrégulières ne reflétait aucune intention, de la part des autorités de Rabat, de faciliter ou d’encourager l’immigration illégale vers l’Espagne.
Toutefois, des sources au sein de la Garde civile espagnole à Ceuta ont remis en question le niveau de coopération marocaine, estimant que le soutien de la Gendarmerie marocaine avait été limité et insuffisant pour alléger la pression à la frontière, en dépit de l’insistance du gouvernement espagnol sur le maintien d’une coopération active avec le Maroc.











