Moins de dix minutes. Pour une fois, Emmanuel Macron, dont la parole est abîmée, a fait court, mercredi 31 décembre, pour ses avant-derniers vœux aux Français. Contraint par cette figure imposée, un rituel républicain, le président de la République, qui ne s’était pas exprimé depuis plusieurs mois devant les Français – sa dernière grande émission télévisée, sur TF1, date du mois de mai –, a tenté de défendre son bilan, qui a fondu depuis l’abandon de la seule réforme structurelle du second quinquennat, celle des retraites, sacrifiée à l’aune des débats budgétaires.
M. Macron a vanté les chiffres de l’emploi et la résilience de l’économie française, avec une inflation qui est « une des plus faibles de la zone euro ». Sans dire un mot de la crise politique dans laquelle le pays se trouve enlisé, ni de l’état grave des finances publiques. Pas un mot non plus de sa promesse du 31 décembre 2024 de consulter les Français sur de grands sujets, qui n’a jamais été suivie d’effet.
Dans les désordres du monde, alors que les Etats-Unis de Trump font la leçon à l’Europe sur fond de nationalismes galopants, le président a rappelé ce qui constituait notre identité : « l’humain, la paix, la liberté », appelant à « résister à l’air du temps », dans le sillage d’Albert Camus et de Marc Bloch, qu’il s’apprête à faire entrer au Panthéon. Pour la première fois, M. Macron a aussi évoqué son départ, rappelant qu’il ne pourrait pas se représenter à la présidentielle de 2027, qu’il a promis de protéger « de toute ingérence étrangère ». Mais ses vœux teintés de résignation ne portaient aucune annonce, comme si le chef de l’Etat avait pris acte de sa fin programmée.
Trois priorités
Comme tous ses prédécesseurs en fin de mandat, il a toutefois répété que cette année 2026, la dernière avant l’année présidentielle, serait « utile », dessinant – outre l’urgence de faire adopter un budget – trois priorités : l’instauration d’un service militaire volontaire, la régulation des réseaux sociaux pour les jeunes et une loi sur la fin de vie, sans cesse reportée depuis 2022. Trois chantiers grâce auxquels le chef de l’Etat espère encore imprimer sa marque, alors qu’il se voit menacé d’effacement, à seize mois du premier tour de la présidentielle.
Cette impuissance est consubstantielle aux fins de mandat, quand les responsables politiques renoncent ou ne peuvent pas se représenter, lame ducks (canards boiteux) ayant perdu à la fois leur superbe et leur capacité d’influence. Mais le pari raté de la dissolution de l’Assemblée nationale, en juin 2024, qui a privé le président de la République de majorité et enfermé le pays dans une instabilité chronique, inédite sous la Ve République, a encore alourdi ces pesanteurs.
Au sommet de l’impopularité, dénué de marges de manœuvre, M. Macron paraît voué à devenir le spectateur de sa fin de mandat et du ballet des prétendants. Ces derniers, qui ne l’épargnent guère, commencent d’ailleurs à trouver le temps long, à l’instar de l’ancien premier ministre Edouard Philippe, qui regrettait début décembre 2025 que « rien d’important pour le pays ne sera véritablement fait jusqu’à la prochaine élection présidentielle », prenant acte d’une France bloquée.
A l’Elysée, mercredi soir, M. Macron a parlé depuis le salon des ambassadeurs. Derrière lui, sur la cheminée, deux bougies avaient été allumées, comme pour signifier que la liturgie des fins de règne avait commencé. On peut craindre que celle-ci soit particulièrement sombre et coûteuse pour un pays affaibli, aux prises avec d’immenses défis, qui ne peut pas se permettre d’attendre.










