- D’où viennent les cigarettes de contrebande, dont la France est le premier marché européen ?
- Une grande partie d’entre elles proviendraient de Hongrie, où des usines clandestines les fabriquent par millions.
- TF1 a remonté la route du trafic jusque dans ce pays, où la lutte contre les réseaux est devenue une priorité.
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Le 20H
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Plus de 4 cigarettes sur 10 vendues en France proviennent du trafic de contrebande. Mais où celui-ci prend-il sa source ? Si la rumeur publique désigne indistinctement « les pays de l’Est », TF1 a mené l’enquête jusqu’à celui qui serait le principal producteur : la Hongrie. Les trafiquants y installent des usines clandestines pour fabriquer des centaines de milliers de cigarettes. Les douanes ont accueilli notre équipe pour lui dévoiler l’ampleur des saisies effectuées.
« On stocke le tabac qu’on a saisi dans cet entrepôt »
, explique Kondor Tamas, chef de la logistique et du stockage de l’administration nationale des taxes et des douanes. Dans un entrepôt dont la localisation doit rester secrète, l’odeur est saisissante. Des feuilles de tabac séchées déjà découpées, des cartouches prêtes à être expédiées sont entassées dans d’innombrables cartons. « Rien que devant nous, là, il y a environ 500.000 cigarettes. La plupart des cartouches de ce genre finissent dans des pays d’Europe de l’Ouest
« , affirme le chef du département dans le reportage du 20H ci-dessus.
Des machines à plusieurs millions d’euros
L’homme saisit un lot d’emballages de cigarettes imitant parfaitement ceux vendus légalement dans les bureaux de tabac en France. « Regardez par exemple, c’est écrit en français ici
« , montre-t-il à la caméra de TF1. Les douanes ne saisissent pas que des cigarettes, mais aussi les appareils utilisés pour les fabriquer, stockés à l’extérieur de l’entrepôt. « Il y a des machines pour fermenter, des broyeurs, des équipements pour remplir les cigarettes. Ce sont des lignes de production entières
« , décrit Kondor Tamas.
Bien souvent acheté en Chine, le matériel est identique à celui des vraies usines de cigarettes. Ces installations valent plusieurs millions d’euros et sont financées par des réseaux criminels internationaux qui ne laissent rien au hasard. « Ça, on le retrouve dans toutes les usines clandestines de cigarettes : c’est un groupe électrogène. Avec ça, ils dissimulent leur énorme consommation d’électricité et n’éveillent pas les soupçons
« , détaille le chef de la logistique des douanes hongroises.
Très lucratif de vendre en Europe
Les moyens déployés sont colossaux, car ce business est extrêmement lucratif. Dans le petit monde du trafic hongrois, il est dit que si une seule livraison sur dix tentées arrive à destination, le seuil de rentabilité est déjà atteint. « La seule chose qu’ils regardent, c’est la différence de prix. Et quand on regarde les prix de vente de cigarettes en Europe de l’Ouest, on voit qu’ils sont beaucoup plus élevés. C’est pour ça qu’ils préfèrent les vendre là-bas
« , précise Zsolt Csatlós, sous-directeur de l’administration nationale des impôts et douanes hongroises.
Pour tenter d’échapper aux autorités, les contrebandiers déménagent très régulièrement leurs lignes de production, parfois au bout de seulement 2 ou 3 mois, dans de nouveaux entrepôts qu’ils louent auprès de propriétaires qui ne sont au courant de rien. Mais bien souvent, cela n’est pas suffisant. « Arrêtez-vous et mettez-vous par terre !
» Les douanes hongroises partagent leurs opérations de démantèlement de ces usines dans des vidéos dignes de films d’action, où les douaniers débarquent armés dans des entrepôts et arrêtent brutalement les trafiquants.
Une saisie de 156 tonnes de tabac
L’une de ces opérations a permis la saisie de 156 tonnes de tabac, plus d’un million de paquets de cigarettes et l’équivalent de 66 millions d’euros de marchandises. « C’était une opération relativement complexe, sur plusieurs sites en même temps. Cela nous a demandé une très longue phase de reconnaissance
« , raconte Gábor Szűcs, directeur général adjoint des affaires criminelles de l’administration nationale des douanes.
Pour lutter contre ces réseaux très puissants, les autorités hongroises doivent travailler en étroite collaboration avec les douanes anglaises et françaises notamment. Les trafiquants « utilisent les mêmes moyens que des services secrets. Cela peut être la distribution de téléphones portables, la mise à disposition de réseaux wifi, mais surtout de quoi neutraliser nos opérations de surveillance. Par exemple, ils ont des appareils à rayons X qui peuvent détecter des émetteurs que nous aurions installés
« , détaille le responsable au micro de TF1.
Les cigarettes analysées en laboratoire
Le travail des enquêteurs ne s’arrête pas à la saisie des produits contrefaits. Certains échantillons sont ensuite envoyés dans un laboratoire où ils sont intégralement disséqués. Il existe des dizaines de tests. Passer le papier d’une cigarette sous un microscope peut, par exemple, fournir des indications sur de possibles liens entre deux usines différentes.
« Ce que l’on regarde en priorité, c’est l’emplacement de ces trous, leur forme, leur diamètre et leur fréquence sur le papier. Dans ces deux cas par exemple, vous avez des trous circulaires d’un côté et plus allongés de l’autre. Cela veut dire que ces cigarettes issues de différentes saisies n’ont probablement rien à voir. On est donc sûr qu’elles ne proviennent pas du même réseau
« , analyse, devant un écran, Romhány Antal Róbert, directeur de l’institut des experts de l’administration des impôts et douanes.
Moins de 10% des cigarettes vendues sur le territoire hongrois sont issues de la contrefaçon. Preuve que l’immense majorité de la production illégale est à destination de l’étranger.
L.F | Reportage : Arsène GAY et Alice MOUCHARD

