POLITIQUE – Cette fois, c’est la bonne. Dans les cartons depuis deux ans, la réforme du scrutin à Paris, Lyon et Marseille (aussi appelée loi « PLM ») est sans cesse repoussée, à tel point que certains doutaient que ce serpent arrive un jour jusqu’au Parlement. Mais à moins d’un an des élections municipales, une proposition de loi portée par les députés parisiens Renaissance Sylvain Maillard et David Amiel est examiné ce mercredi 2 avril en commission à l’Assemblée. Le texte entend mettre fin au régime spécial dont bénéficient les trois plus grandes villes françaises dans l’élection de leur conseil municipal.
Les habitants de ces trois municipalités, qui ont la particularité d’être organisées par arrondissements, élisent, depuis une loi de 1982, leurs élus des mairies d’arrondissement mais pas ceux qui siègent à l’Hôtel de Ville. Une « anomalie » que le texte, défendu par François Bayrou mais critiqué par de nombreuses forces politiques, entend corriger. Si le calendrier actuel est tenu, le dossier qui arrive ce jour en commission, sera examiné le 7 en séance publique.
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« Chaque voix devrait compter de la même manière, dans une circonscription unique qui soit celle de la ville », défend Sylvain Maillard, rejoint sur ses positions par Rachida Dati, très probable candidate dans la capitale, qui estime sur BFM qu’il s’agit « d’une réforme très attendue par les Parisiens ». Modifier la loi actuelle permettrait selon elle de « rendre la démocratie » aux habitants de la capitale en impliquant un principe : « Un Parisien, un bulletin de vote ».
Une intention louable en apparence, qui dissimule mal quelques visées politiques. La maire PS de Paris Anne Hidalgo n’a pas de mots assez durs contre ce qu’elle considère être un « incroyable bidouillage électoral ». « Une loi pour changer le mode de scrutin à Paris, comme si c’était une urgence démocratique ? Mais où on est ? », s’est-elle insurgée sur France Inter le 18 mars. L’ex-candidate à l’élection présidentielle estime que François Bayrou mène cette réforme « pour des raisons de circonscription dans laquelle il pourrait faire élire une de ses proches. Les autres arguments ne tiennent pas », assure-t-elle.
« Les macronistes cherchent à améliorer leurs scores »
« Les macronistes ont mis Lyon et Marseille dans la proposition parce que le contraire aurait été trop gros, mais ils ciblent bien la capitale, où ils ne font que perdre leurs élections et cherchent un moyen d’y améliorer leurs performances », veut croire la députée socialiste Céline Hervieu, interrogée par Mediapart. En 2020, les macronistes avaient enregistré une déconvenue à Paris avec leur candidate Agnès Buzy (13 %).
Y compris des élus LR parisiens font part de leur opposition au texte. Certains maires d’arrondissement et sénateurs de droite ont publié un communiqué pour exposer leur « inquiétude pour l’avenir de la gouvernance parisienne », dénonçant « une méthode précipitée et un risque de décisions expéditives ». « Il y a plus qu’une gêne du côté du président du Sénat et de la présidente de l’Assemblée nationale, croit savoir Anne Hidalgo. Est-ce qu’il n’y a pas d’autres urgences à résoudre avant d’aller abîmer quelque chose qui fonctionne bien ? »
« On peut difficilement être contre », estime Bompard
Les partisans, comme les détracteurs, d’une réforme de la loi « PLM » sont accusés d’établir leur position en fonction d’intérêts purement électoraux. Dit autrement, ceux qui veulent le statu quo sont soupçonnés de vouloir verrouiller un système qui les avantage, quand ceux qui entendent révolutionner le système sont vus comme des mauvais perdants, fâchés avec les règles actuelles. Lesquelles sont perçues comme la seule explication de leur incapacité à conquérir le pouvoir. C’est ce que dénoncent, par exemple, La France insoumise et le Rassemblement national, deux partis bien moins implantés que le PS et LR.
« Avant de regarder l’impact sur nos propres intérêts, regardons le fond du sujet. D’un point de vue démocratique, cela me semble assez normal de vouloir aller vers 1 citoyen égal à 1 voix, expose le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard auprès du HuffPost. On peut difficilement être contre. Après, savoir si ça sert nos intérêts me paraît être une question secondaire ». Il dit regretter que dans les trois plus grandes villes françaises, un candidat minoritaire en nombre de voix puisse être élu maire. Cela a notamment été le cas de Gaston Deferre à Marseille en 1983, de Gérard Collomb à Lyon et de Bertrand Delanoë à Paris en 2001.
Reste qu’une révision de la loi « PLM » ne modifierait pas le résultat de l’élection à tous les coups. Ainsi, en 2020, Anne Hidalgo aurait tout de même été élue maire de Paris, réforme ou pas réforme. Avec, sans doute, une majorité encore plus large que celle dont elle dispose aujourd’hui.
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