Lors du Forum d’investissement saoudo-américain qui s’est tenu en novembre 2025, Elon Musk a esquissé un avenir dans lequel c’est l’intelligence artificielle (IA) et les robots humanoïdes qui effectueront la quasi-totalité du travail. L’argent deviendra presque inutile. Les emplois seront « facultatifs », s’apparentant davantage à des loisirs comme le jardinage. Les machines auront mis fin à la pauvreté car chacun recevra un « revenu universel élevé » de la part de l’Etat.
Musk n’est pas le seul géant de la technologie à partager cette vision de l’avenir. Demis Hassabis, de Google DeepMind, attend avec impatience une ère de l’« abondance radicale » dans laquelle l’IA offrira une productivité et une prospérité extraordinaires, les gains étant répartis « équitablement ».
Mustafa Suleyman, de Microsoft AI, plaide pour une « prestation universelle de base » qui considérerait l’accès à des systèmes d’IA puissants et à des services numériques presque comme un droit. Et Sam Altman, d’OpenAI, a proposé un « fonds américain d’équité » qui taxerait les grandes entreprises et les terrains privés à hauteur de 2,5 % par an afin de verser un dividende annuel à chaque adulte américain.
Une forme de ration numérique
Autrement dit, les principaux architectes de l’IA reconnaissent ouvertement qu’ils créent des systèmes dont la capacité à générer de l’abondance matérielle pourrait aussi anéantir de larges pans du marché du travail. Dans leur vision de l’avenir, les « sources de richesse coopérative » couleront si abondamment que les gens recevront « selon leurs besoins », et non en fonction des heures qu’ils effectuent dans une usine.
Si cette dernière expression vous semble familière, c’est parce qu’elle est de Karl Marx [1818-1883]. Les figures de proue les plus célèbres du capitalisme seraient-elles en réalité des socialistes refoulés ? En un certain sens, oui. Pour elles, si les machines accomplissent des tâches à moindre coût que les humains, la part du revenu national revenant au travail diminuera. Et si les salaires disparaissent, les gens auront besoin d’un autre moyen de se nourrir et de se loger ; l’économie aura besoin de nouveaux mécanismes pour maintenir le pouvoir d’achat.
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