Selon l’état-major américain, l’opération est l’aboutissement de « mois de planification et de répétitions minutieuses » des services de renseignement. Depuis août, des agents américains surveillaient les faits et gestes du président vénézuélien et de son épouse, Cilia Flores. Objectif : établir le « pattern de vie » de Nicolas Maduro — « comment il se déplaçait, où il vivait, où il voyageait », jusqu’à « ce qu’il mangeait ou les animaux qu’il possédait ».
Ces renseignements, collectés par une flotte de drones furtifs qui assuraient une surveillance quasi constante au-dessus du Venezuela – complétés par une source proche de Maduro –, ont permis de localiser précisément le chef de l’État dans les jours précédant l’assaut. Parallèlement, des unités d’élite américaines, dont la Delta Force, ont reconstitué une réplique exacte de sa résidence afin de répéter l’assaut dans des conditions quasi réelles.
Donald Trump affirme que Nicolas Maduro se trouvait alors « dans une forteresse », sans en révéler l’emplacement exact. « Il y avait des portes en acier, une pièce sécurisée avec de l’acier massif. Il essayait d’y entrer, mais il a été pris si rapidement qu’il n’y est pas parvenu », a-t-il raconté sur Fox News.
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Une fenêtre météo
Initialement prête début décembre, l’intervention a été repoussée à plusieurs reprises, le temps que les conditions « s’alignent », notamment sur le plan météorologique. D’autres opérations militaires américaines menées récemment, en particulier en Syrie, ont également pesé sur le calendrier.
Puis vendredi 3 janvier au soir, « le temps s’est suffisamment amélioré », a expliqué le général Dan Caine, « pour permettre aux aviateurs les plus expérimentés au monde de manœuvrer à travers montagnes, océan et nuages bas ». À 22h46, heure de Washington (4h46 TU), Donald Trump donne alors l’ordre d’exécution.
Plus de 150 appareils — avions de chasse F-35 et F-22, bombardiers B-1, drones, hélicoptères et avions de renseignement — décollent depuis une vingtaine de bases terrestres et navales réparties dans l’hémisphère occidental. Les hélicoptères transportant la force d’extraction volent à moins de 50 mètres au-dessus de la mer afin d’échapper aux radars.
À l’approche des côtes vénézuéliennes, les États-Unis neutralisent les systèmes de défense aérienne du pays. Caracas est partiellement plongée dans le noir, à la suite d’opérations cybernétiques et électroniques menées en amont. Les premières explosions sont entendues peu avant deux heures du matin (vers 7 heures TU). Des frappes ciblées ont notamment touché des installations militaires aux abords de Caracas, comme la base aérienne de La Carlota.
« C’est une stratégie de diversion extrêmement efficace », analyse Guillaume Ancel, ancien officier et auteur du blog Ne pas subir au micro de RFI. Dans le chaos ainsi créé, les hélicoptères peuvent se rapprocher à très basse altitude de leur objectif : Nicolás Maduro.
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L’assaut et la capture
Les hélicoptères de la force d’intervention sont arrivés à l’endroit où Nicolas Maduro et son épouse avaient été localisés à 1 h 01 du matin (à Washington), soit 2 h 01 à Caracas. Les forces américaines essuient des tirs et ripostent, endommageant un appareil, sans faire de victime côté américain. La force d’intervention pénètre dans le complexe, sécurise la zone et progresse rapidement vers l’objectif.
Selon Donald Trump, Nicolás Maduro a tenté de se réfugier dans une « safe room », sans y parvenir. Le président vénézuélien et son épouse se rendent sans opposer de résistance. « Maduro et son épouse, tous deux inculpés, se sont rendus et ont été placés en détention par le ministère de la Justice », a confirmé le général Dan Caine.
Une exfiltration sous tension
La phase de retrait débute aussitôt. Les hélicoptères quittent la zone sous la protection d’avions de combat et de drones armés. Plusieurs engagements d’autodéfense ont lieu durant l’exfiltration. À 3h29, heure de Washington (9h29 TU), Nicolás Maduro et son épouse sont embarqués à bord du navire américain USS Iwo Jima, au large des côtes vénézuéliennes.
Donald Trump annonce l’opération sur Truth Social à 4h21 (10h21 TU). Quelques heures plus tard, il publie la première photo de Nicolás Maduro, menotté, les yeux bandés et coiffé d’un casque antibruit.
Le président vénézuélien est ensuite transféré aux États-Unis. Peu après 17h30 locales (10h42 TU), il atterrit à l’aéroport Stewart International, au nord de New York, selon des images de l’AFP le montrant sortir d’un avion sous escorte, cagoulé et menotté. Il devait rejoindre des locaux de l’agence antidrogue américaine (DEA) puis une prison de Brooklyn, le Metropolitan Detention Center, selon plusieurs médias américains. Nicolas Maduro et son épouse devront désormais répondre devant la justice américaine de poursuites pour « narcoterrorisme » et importation de cocaïne.
Aucun soldat américain n’a été tué, selon Washington, même si plusieurs blessés sont signalés. Côté vénézuélien, les autorités ont affirmé, sans donner de bilan précis, que des civils et des militaires avaient été tués. Les autorités de Caracas ont décrété l’état d’urgence nationale.
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