Un grand nombre de géants de la tech ont publié leurs résultats ces dernières semaines. Mais le chiffre qui a peut-être le plus retenu l’attention de Wall Street est le niveau estimé des dépenses d’investissement (capex) pour 2026, qui représente au total plus de 700 milliards de dollars (590,3 milliards d’euros).
La grande majorité de ces capitaux sera consacrée aux infrastructures, produits et services liés à l’IA.
Ce mouvement confirme le virage net amorcé l’an dernier, lorsqu’environ 460 milliards de dollars (387 milliards d’euros) ont été dépensés par les géants de la tech en capex liés à l’IA.
En tête de ce classement des dépenses pour 2026 figure Amazon, qui, à elle seule, anticipe des investissements colossaux de 200 milliards de dollars (170 milliards d’euros). Pour mesurer l’ampleur de ce montant, le plan de dépenses de l’entreprise se rapproche désormais de l’intégralité du PIB annuel de la Grèce.
Alphabet, la maison mère de Google, arrive ensuite avec quelque 185 milliards de dollars (155 milliards d’euros), tandis que Meta et Microsoft devraient déployer respectivement environ 135 milliards (113 milliards d’euros) et 105 milliards de dollars (88 milliards d’euros).
Oracle a, de son côté, relevé à 50 milliards de dollars (42,1 milliards d’euros) son capex 2026, soit près de 15 milliards (12,6 milliards d’euros) de plus qu’escompté initialement, et Tesla compte doubler ses dépenses cette année, à environ 20 milliards de dollars (16,8 milliards d’euros).
Apple reste à la traîne en matière de dépenses, avec un montant prévu de 13 milliards de dollars (10,9 milliards d’euros). L’entreprise a toutefois annoncé le mois dernier un partenariat pluriannuel avec Google pour intégrer les modèles d’IA Gemini à la prochaine génération d’Apple Intelligence.
Une enseignante utilise l’outil d’IA Google Gemini dans une salle de classe de lycée, en Californie, janvier 2026 – AP Photo/Damian Dovarganes
Concrètement, la collaboration vise à refondre Siri et à renforcer les fonctionnalités d’IA embarquées sur les appareils. On peut donc dire qu’Apple externalise une partie des investissements nécessaires pour rester compétitive dans le développement de l’IA.
Nvidia, de son côté, ne publiera ses résultats et prévisions que plus tard dans le mois, mais elle ne dépense généralement pas autant que les hyperscalers dans l’IA.
En effet, puisqu’elle a pour cœur de métier la vente de GPU, des processeurs spécialisés, Nvidia devrait capter une grande partie des sommes investies par les autres géants de la tech, notamment pour l’équipement des centres de données.
Selon son directeur général Jensen Huang, le chiffre d’affaires de l’entreprise dans les centres de données devrait atteindre 500 milliards de dollars (421,2 milliards d’euros) d’ici fin 2026.
Wall Street affiche des sentiments mitigés face aux dépenses colossales que les géants de la tech prévoient pour 2026.
D’un côté, les investisseurs comprennent la nécessité et l’urgence de se forger un avantage compétitif à l’ère de l’intelligence artificielle.
De l’autre, l’ampleur même de ces dépenses a effrayé les actionnaires, car ce financement repose sur d’énormes émissions de dette et, fait rare, sur la suspension des programmes de rachat d’actions.
Historiquement, les géants de la tech sont salués comme des machines à générer du cash qui redistribuent d’importantes sommes aux actionnaires via les rachats d’actions. Cette mécanique semble s’inverser à l’ère de l’IA.
Les données du dernier trimestre 2025 montrent que le montant cumulé des rachats d’actions dans le secteur technologique a chuté de plus de 12,5 milliards de dollars (10,5 milliards d’euros), tombant à son plus bas niveau depuis 2018. À la place, les géants du secteur se tournent vers les marchés de la dette.
Morgan Stanley estime que les hyperscalers lèveront environ 400 milliards de dollars (335,7 milliards d’euros) en 2026, soit plus du double des 165 milliards (138,5 milliards d’euros) empruntés en 2025.
Cette envolée pourrait porter les émissions totales d’obligations d’entreprises américaines bien notées à un niveau record de 2 250 milliards de dollars (1 880 milliards d’euros) cette année.
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En novembre dernier, Alex Haissl, analyste chez Rothschild & Co, a fait figure de voix dissidente isolée en abaissant ses recommandations sur Amazon et Microsoft.
Dans une note à ses clients, il écrivait : « Les investisseurs semblent valoriser les plans de capex d’Amazon et de Microsoft comme si l’économie du cloud 1.0 s’appliquait encore », en référence à la structure à bas coûts des services cloud qui a permis aux géants de la tech de prospérer au cours de la dernière décennie.
Il ajoutait cependant : « Plusieurs éléments laissent penser que le boom de l’IA ne se déroulera probablement pas de la même manière et qu’il sera sans doute beaucoup plus coûteux que ce que les investisseurs imaginent ».
Il est probable que les inquiétudes exprimées par Haissl gagnent désormais d’autres analystes, à mesure que les capex liés à l’IA explosent à des niveaux bien plus élevés pour 2026.
La course à l’IA des géants de la tech est financée par un recours massif à l’endettement. Reste à savoir si cette stratégie sera payante et quelles entreprises sortiront gagnantes ou perdantes ; seul l’avenir le dira.
Dans ce contexte de dépenses tous azimuts, des questions urgentes se posent aussi sur la capacité de l’Europe à rivaliser dans une course qui devient rapidement une bataille de bilans.
Pour l’Union européenne, le contraste transatlantique est saisissant. Alors que les groupes technologiques américains mobilisent près de 600 milliards d’euros en une seule année, les efforts coordonnés de l’UE peinent à égaler la puissance de frappe financière d’un seul géant américain.
Bruxelles a tenté de réagir avec l’initiative « AI Factories » et le plan d’action « AI Continent », lancés en avril 2025, qui visent à mobiliser des investissements publics-privés.
Mais les chiffres sont implacables : les dépenses européennes totales pour des infrastructures de cloud souverain devraient atteindre à peine 11,5 milliards d’euros en 2026.
Certes, cela représente une hausse respectable de 83 % sur un an, mais cela reste une variable d’ajustement face aux investissements américains.
L’an dernier, alors que certaines des initiatives évoquées étaient en discussion, Arthur Mensch, le PDG de l’entreprise française Mistral AI, affirmait que « les entreprises américaines construisent l’équivalent d’un nouveau programme Apollo chaque année ».
Il ajoutait également : « L’Europe bâtit une excellente réglementation avec l’AI Act, mais on ne devient pas une puissance informatique seulement par la régulation ».
PHOTO D’ARCHIVE. Arthur Mensch, PDG de Mistral AI, lors d’un événement en marge du AI Action Summit à Paris, février 2025 – AP Photo/Aurelien Morissard
Mistral représente l’un des rares foyers de résistance européens dans la course à l’IA. La jeune pousse française adopte une stratégie proche de celle de ses homologues américains, en étendant agressivement son empreinte physique.
À la suite d’une levée de fonds de 1,7 milliard d’euros fin 2025, soutenue notamment par le géant des semi-conducteurs ASML, Mistral a annoncé un plan d’investissements de 1 milliard d’euros pour 2026. Cette semaine, l’entreprise a confirmé le lancement des travaux d’un important centre de données à Borlänge, en Suède.
Il s’agit d’une étape importante pour Mistral, puisqu’il s’agit de son premier grand investissement d’infrastructure hors de France, et d’une décision lourde de sens pour la souveraineté européenne.
Dans le cadre d’un partenariat avec l’exploitant suédois de centres de données EcoDataCenter, quelque 1,2 milliard d’euros seront investis pour construire une installation censée offrir un « calcul souverain », conforme aux strictes normes européennes en matière de données et tirant parti de l’abondante énergie verte suédoise.
Dans le même temps, les géants américains de la tech tentent d’apaiser les régulateurs européens en proposant des solutions dites « souveraines light ». Plusieurs projets ont ainsi été lancés pour des zones de cloud localisées, par exemple en Allemagne et au Portugal, avec la promesse d’une localisation des données.
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Mais les critiques estiment que ces offres restent techniquement dépendantes des maisons mères américaines, laissant l’industrie européenne vulnérable aux aléas de l’économie et de la politique étrangère des États-Unis.
Au fil de l’année 2026, l’enjeu apparaît clairement : les États-Unis misent gros, y compris leur note de crédit, sur une domination dans l’IA.
L’Europe, prudente et limitée par le manque de capital, espère que des investissements ciblés et la régulation suffiront à lui assurer une niche souveraine dans un monde de plus en plus régi par les technologies américaines.
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