Le principal éditeur scolaire en France dans la tourmente. Hachette Livre a annoncé le rappel de trois ouvrages de révision destinés aux lycéens, après qu’un passage erroné sur les massacres du 7-Octobre en Israël a suscité l’indignation de plusieurs acteurs publics et associatifs.
Dans ces manuels de la collection « Objectif Bac Terminale », un paragraphe décrit la pire attaque de l’histoire d’Israël, en disant notamment que « plus de 1 200 colons juifs » ont été tués.
Or, le terme de « colon » peut désigner les Israéliens vivant sur des terres palestiniennes occupées illégalement en Cisjordanie mais ne s’applique en aucun cas aux victimes israéliennes des attentats du Hamas. Par ailleurs, le fascicule ne mentionne pas le caractère terroriste de l’attaque, ce qui contribue à la polémique.
La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a alerté massivement sur cet extrait, dénonçant sur X des « dérives confusionnistes et négationnistes » chez un « éditeur de renom« .
« Le Hamas a visiblement ses proxys chez Hachette« , a soutenu l’association.
L’affaire remontée jusqu’au chef de l’État
Emmanuel Macron a qualifié ce passage de falsification des faits « intolérable« . « Le révisionnisme n’a pas sa place en République« , a-t-il écrit sur X, ajoutant avoir demandé des mesures au gouvernement.
Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray – septième titulaire du portefeuille depuis le début du second mandat de Macron – a condamné « une atteinte à la dignité des victimes du terrorisme « .
« Ces faits sont graves et inacceptables« , a-t-il ajouté, précisant qu’il « prenait acte » du rappel des ouvrages concernés.
Face à ces réactions, Hachette Livre a reconnu que ces extraits comportaient un « contenu erroné« , annoncé une campagne de rappel et a présenté ses excuses. Une enquête interne a été ouverte pour comprendre comment une telle erreur a pu être publiée.
« Les ouvrages non vendus seront détruits et cette édition parascolaire ne sera remise en vente qu’une fois relue et corrigée« , précise l’éditeur dans un communiqué.
Une source chez Hachette a indiqué à Euronews que l’ensemble du réseau de distribution a été averti. Environ 2 000 exemplaires resteraient encore en circulation dans les librairies, sur un tirage de plusieurs milliers. La campagne de rappel devrait s’étaler jusqu’à la fin de la semaine.
Concernant l’auteur, selon nos informations, il s’agit d’un « professeur » identifié, et non d’un travail collectif.
« Faire la guerre, faire la paix »
Hachette, propriété du groupe Lagardère, est historiquement le premier éditeur de manuels scolaires en France. La maison est également très présente dans le parascolaire, notamment à travers des cahiers d’activités et des ouvrages de préparation aux examens.
Grégory, professeur agrégé d’histoire-géographie à Rennes, assure ne rencontrer « aucun problème » avec les produits des marques Hachette « d’un point de vue historique« . Chaque année, sur une classe d’une trentaine d’élèves, entre cinq et dix d’entre eux utilisent en autonomie ces livres de révision, explique-t-il à Euronews.
« Ils font leurs fiches, l’IA les aide, il y a des cartes, des résumés [dans ces ouvrages], cela fait partie des outils qui les rassurent« , observe l’enseignant.
Selon lui, les attentats du 7-Octobre et l’offensive de Tsahal sur Gaza qui a suivi ne figurent pas spécifiquement au programme, même si « le conflit [israélo-palestinien] est étudié depuis son origine jusqu’à l’actualité la plus récente ».
Ces événements sont abordés dans le cadre du module « Faire la guerre, faire la paix », enseigné en spécialité en classe de terminale. Celui-ci vise à « comprendre la multiplicité des acteurs du conflit israélo-arabe, puis israélo-palestinien, ainsi que les tentatives de résolution impliquant les puissances régionales et internationales« .
Grégory est persuadé que ce sont des collègues enseignants qui ont mis la main sur l’extrait concernant les « colons juifs« . Selon lui, les lycéens « ne vont pas forcément remettre en doute ce qu’ils voient dans un livre de révision« .
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Hasard du calendrier, l’émergence de cette polémique coïncidait avec l’enseignement de la Shoah. Interrogé sur d’éventuelles difficultés à aborder ce sujet depuis les attentats du 7-Octobre, qui ont entraîné une hausse des actes antisémites en France, et la guerre à Gaza, Grégory souligne que la réception des élèves n’avait pas changé dans son lycée de centre-ville.
Cette semaine encore, dit-il, les cours sur l’extermination de près de six millions de juifs, victimes de la politique nazie, ont pris une certaine gravité. « Même les élèves qui sont un peu agités ou bavards d’habitude, ne le sont plus : ils sont concentrés, font preuve de déférence et posent des questions sérieuses« .
« C’est toujours un des cours de l’année qui est suivi avec le plus de respect« , confie l’enseignant.
Pour lui, il faudrait être « attentif » à l’avenir, « surtout dans de futures refontes de programmes« , souligne Grégory. Le cadre actuel est en place depuis la réforme du baccalauréat de 2021, mais « il est rare que les programmes tiennent plus de huit ans« .
Il note que les programmes seront probablement repensés après 2027. « Et c’est cela qui est la véritable source d’inquiétude : qui est au pouvoir, avec quel programme d’histoire, avec quelle lecture de l’histoire ?«
L’attaque du Hamas contre les kibboutz israéliens et le festival Nova à Réïm le 7 octobre 2023 a fait 1 221 morts et 251 otages, dont 44 ont été retrouvés morts, selon un décompte de l’AFP basé sur les chiffres officiels israéliens.
Les autorités de Gaza dirigées par le Hamas estiment que plus de 70 000 personnes ont été tuées par les forces israéliennes lors des bombardements de l’enclave palestinienne.
Parmi les victimes du Hamas, environ 50 étaient Français.












