Le parquet a annoncé, dimanche 9 février, clore l’enquête, sans poursuite, après des échanges présumés entre un dealer et le député La France insoumise et candidat à la mairie de Marseille Sébastien Delogu, cette affaire illustrant en pleine campagne des municipales dans la cité phocéenne l’impact sur les candidats de l’épineux sujet du narcotrafic.
« Il y avait la nécessité d’opérer des vérifications, ça a été fait désormais l’enquête est close », a communiqué, dimanche soir à l’Agence France-Presse, le procureur de la République d’Aix-en-Provence, Jean-Luc Blachon, précisant que M. Delogu a « justifié dûment des livraisons de colis ». Le magistrat a confirmé qu’un des dealers concernés était effectivement livreur de colis de profession, outre son « activité parallèle pour laquelle il a été condamné ».
En début d’après-midi, dimanche, M. Delogu, est arrivé au côté de son avocat Yonès Taguelmint à la brigade de gendarmerie d’Aix-en-Provence. « Il n’y a aucun lien, de quelque manière que ce soit, entre M. Sébastien Delogu et le trafic de stupéfiants », réaffirmait Me Taguelmint à l’issue de l’audition, tenue à leur demande, selon l’avocat.
A quelques semaines du scrutin des 15 et 22 mars, cette audition est intervenue après des informations publiées par Le Canard enchaîné sur une enquête à Aix-en-Provence et le démantèlement d’un point de deal. Selon l’hebdomadaire, deux hommes ont été arrêtés et l’un d’eux aurait eu des échanges avec le député « insoumis » sur « la livraison de colis ».
Me Taguelmint avait expliqué avoir fourni « justificatifs », « factures d’achats » et « bons de livraison » qui montrent que M. Delogu a été en contact avec un livreur pour réceptionner « des meubles ». Mais « il s’avère que la personne qui travaillait pour la société de livraison a elle été condamnée pour trafic de stupéfiants dans une procédure dans laquelle nous ne sommes évidemment pas impliqués », a-t-il affirmé.
« Musique calomnieuse »
Dans la deuxième ville de France, la campagne municipale est émaillée de polémiques et de passes d’armes entre les différents candidats. Me Taguelmint a ainsi dénoncé « une musique calomnieuse en cours », appelant à « éteindre l’incendie ». Dans un communiqué, il a assuré que les éléments transmis aux autorités judiciaires permettaient « d’établir clairement la réalité des faits et d’acter la clôture de ce volet de la procédure ».
Les informations du Canard enchaîné avaient fait réagir les adversaires de M. Delogu. Le Printemps Marseillais, coalition de partis de gauche et des Ecologistes emmenée par le maire sortant Benoît Payan (divers gauche), avait exigé « des explications ». « Aucune forme de lien ne peut exister avec les narcotrafiquants », martelait l’alliance sur son compte X. L’équipe de campagne de M. Delogu avait en retour dénoncé « une polémique infamante de l’extrême droite » contre le député LFI.
Régulièrement, la deuxième ville de France est sous le feu des projecteurs en raison du fléau de la drogue, qui gangrène certains quartiers où des clans rivaux se disputent le contrôle de points de deal. Les autorités mettent toutefois en avant une baisse drastique, ces dernières années, des assassinats liés au trafic. Mais des militants déplorent une réponse essentiellement sécuritaire et un désengagement de l’Etat et des services sociaux dans les quartiers victimes de la drogue.
Le thème est revenu sur le devant de la scène : le militant marseillais Amine Kessaci a été exfiltré en urgence jeudi, avant un meeting électoral à Aix-en-Provence, en raison d’une alerte sécurité. Les circonstances n’ont pas été rendues publiques. Le militant de 22 ans, devenu un symbole de la lutte contre le narcotrafic, vit sous protection policière depuis août. Deux de ses frères ont été assassinés.
Dans une autre affaire judiciaire, M. Delogu, 38 ans et député des quartiers nord de Marseille, doit être jugé en juin pour diffusion de documents privés, volés, en marge d’un conflit social, à un entrepreneur, vraisemblablement par des salariés.














