La voiture, qui jusqu’ici sillonnait tranquillement l’itinéraire bis menant d’Aurillac à Murat, dans le Cantal, s’arrête tout à coup à la hauteur de l’église de Pailherols. Un solide gaillard aux cheveux bruns s’en extrait pour se rendre immédiatement sous le clocher-mur de Notre-Dame-de-l’Assomption. Le regard dirigé vers le sol, il identifie rapidement ce qu’il était venu chercher et qu’il pointe maintenant du doigt : un minuscule croissant de lune dans lequel de ridicules brindilles ont remplacé l’asphalte.
Cet interstice est la dernière trace matérielle d’un événement qui a marqué les habitants de ce village cantalou. Un jour d’août 2003, un des leurs devait être enterré après avoir été emporté par la vague de chaleur caniculaire qui, ce mois-là, a tué près de 15 000 Français. A l’heure de la cérémonie, le sonneur s’en va actionner ses instruments et, patatras ! l’une des deux cloches se décroche pour plonger à l’endroit où se rassemblent habituellement les endeuillés.
Sidéré, le sonneur s’imagine avec horreur les graves conséquences de la chute de ces 250 kilos de fonte. Fort heureusement, le ciel n’est pas tombé sur la tête des Pailherolais car, à ce moment-là, leur préoccupation était de se protéger de la chaleur, étouffante sur le sol goudronné au pied du clocher-mur. C’est là que tient le prodigieux paradoxe : ce qui avait tué l’un des leurs en a probablement sauvé d’autres…
L’homme qui raconte ce « miracle » – et qui en montre la cicatrice au sol – s’appelle François Beaune. Il tient l’anecdote du maire du village et du sonneur de l’époque, rencontrés dans le cadre de sa mission très spéciale, commencée en décembre 2025 : récolter les « histoires vraies » des habitants du département, raison pour laquelle l’écrivain marseillais de 47 ans s’est installé ici. Ces récits seront réunis dans une bibliothèque numérique et dessineront un portrait d’ensemble des Cantalous.
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