Les Français font face à de fortes difficultés d’accès aux logements. Les indicateurs qui l’attestent sont nombreux. Quand les revenus des ménages augmentaient de 35 % entre 2000 et 2020, les loyers augmentaient de 39 %, et les prix immobiliers à l’achat de 139 %. Quant au nombre de demandeurs de logements sociaux, il est passé de 1,9 million à 2,8 millions en dix ans, etc.
Dans ce contexte, le gouvernement a proposé, le 23 janvier, un plan « Relance logement ». Il s’agit de mettre en œuvre différents dispositifs politiques pour « construire deux millions de logements d’ici à 2030 ». Afin d’y parvenir, une des mesures phares est la mise en place du statut de bailleur privé, un dispositif promu de longue date par les fédérations professionnelles du secteur de la construction.
Il consiste à accorder des avantages fiscaux aux ménages choisissant d’investir dans l’achat de logements à condition que ces logements soient ensuite loués pendant neuf ans pour un usage de résidence principale à des loyers minorés.
L’objectif affiché du ministre de la ville et du logement, Vincent Jeanbrun, est de faire du logement, grâce aux avantages fiscaux, un investissement profitable, et ainsi attirer les capitaux des ménages dans la pierre. Le plan de relance met en œuvre la stratégie politique du « choc d’offre » déjà convoquée par la plupart des précédents ministres du logement, à laquelle s’articule ici une stratégie du « choc d’investissement ».
Stratégies d’extraction de la valeur
Un tel plan est inadapté à la situation pour au moins deux raisons. Premièrement, il esquisse l’idée que les difficultés d’accès au logement relèvent d’une pénurie. Or, les analyses empiriques donnent un tout autre éclairage sur le logement en France. Il existe au moins 1,2 million de logements en situation de vacance longue, dont plus de 18 000 à Paris. On en compte près de huit millions en forte sous-occupation. Plusieurs centaines de milliers sont mobilisés pour offrir les 192 millions de nuitées réservées chaque année en France sur les plateformes de location de courte durée. Au moins 9 millions de mètres carrés de bureaux, souvent localisés dans les centres urbains, sont vides et pourraient être transformés.
Il vous reste 61.28% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.














