Sébastien Lecornu a, sans surprise, surmonté les deux motions de censure déposées par le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI) pour protester contre la publication par décret de la feuille de route énergétique du gouvernement, mercredi 25 février.
Invoquant le « respect du Parlement », le premier ministre avait fait de l’examen de ces deux motions un préalable au remaniement gouvernemental. Principale figure sortante, la ministre de la culture Rachida Dati, candidate à la Mairie de Paris, a d’ailleurs officialisé son départ mercredi soir juste après l’échec des motions de censure.
La motion de censure « insoumise » a recueilli 108 voix, loin des 289 nécessaires pour faire tomber le gouvernement. Une bonne majorité du groupe écologiste (29 députés sur 38) a voté la motion, tout comme 6 membres du groupe communiste et ultramarin, et 2 du groupe PS. La motion de censure du RN, non soutenue par la gauche, avait auparavant obtenu 140 voix, dont celles de ses alliés du groupe ciottiste, et d’une députée du groupe Droite républicaine.
Le RN, contrairement à son habitude lorsque lui-même dépose une motion, n’a pas voté celle de LFI, le député Jean-Philippe Tanguy invoquant « l’indécence du comportement, le soutien assumé et ré-assumé des “insoumis” à une milice séditieuse haineuse » après la mort du militant d’extrême droite radicale Quentin Deranque à Lyon.
Sur la forme, les orateurs RN et LFI ont tous deux dénoncé le choix du gouvernement d’en passer par un décret plutôt qu’une loi pour mettre en œuvre sa programmation pluriannuelle de l’énergie. « Quand les macronistes perdent avec les règles de la démocratie, ils choisissent de passer en force avec cette PPE3. Votre dérive illibérale est totale », a fustigé Jean-Philippe Tanguy (RN). « C’est une nouvelle sorte de 49.3 que vous imposez au pays », a renchéri Maxime Laisney (LFI).
« Renverser un gouvernement ne produira pas un mégawattheure », s’est défendu Lecornu
Sur le fond, RN et LFI s’opposent diamétralement sur l’équilibre entre énergie nucléaire et énergies renouvelables. Les premiers déplorent dans leur motion « une politique décroissante qui accélère les énergies intermittentes, ment sur le nucléaire et fait peser un risque majeur sur les finances publiques ».
Les seconds regrettent au contraire une « relance massive du nucléaire », et un « coup de frein sans précédent sur le développement des énergies renouvelables », « seules à pouvoir se substituer aux énergies fossiles à court terme et à nous permettre de répondre à l’urgence climatique ».
Le chef du gouvernement a étrillé les uns et les autres dans sa réponse, voyant dans ces motions « la démonstration d’un désordre politique inutile ». « Renverser un gouvernement ne produira pas un mégawattheure », a-t-il dit, fustigeant des « chiffres inventés » du côté du RN et accusant LFI de « préférer importer du gaz russe [plutôt] que de produire de l’électricité nucléaire décarbonée française ».
Le Parti socialiste, qui avait annoncé qu’il ne voterait pas la motion LFI, a affirmé par la voix du député Karim Benbrahim ne pas vouloir « renoncer à lancer de nouvelles capacités nucléaires », estimant que cela ferait peser « un risque majeur sur notre sécurité d’approvisionnement ».
Le gouvernement a dévoilé par décret le 12 février sa nouvelle stratégie énergétique, après trois ans d’intenses débats et d’innombrables reports. Mettant l’accent sur la relance de la consommation d’une électricité décarbonée, notamment d’origine nucléaire, en remplacement des énergies fossiles coûteuses à importer, la programmation pluriannuelle de l’énergie a aussi acté un moindre déploiement de l’éolien terrestre et du solaire.













