Par bribes, le tableau de l’écrasement de la dernière révolte du peuple iranien par le régime qui prétend le représenter commence à se dessiner, et il suscite l’épouvante. Une véritable machine de guerre a été mobilisée pour briser une contestation provoquée par la dégradation des conditions de vie des Iraniens, avec une cruauté dont les témoignages s’accumulent malgré le blocus de l’information imposé par le régime.
Il faudra encore du temps avant de pouvoir disposer d’une estimation complète du nombre des victimes, tuées de sang-froid, méthodiquement, en l’espace de quarante-huit heures, le 8 et le 9 janvier. Les chiffres qui circulent sont déjà sans précédent s’agissant d’un pouvoir pourtant prompt à châtier. Le déchaînement de violence comme la mobilisation du corps d’élite des gardiens de la révolution a montré, quarante-sept ans presque jour pour jour après la chute de la dynastie Pahlavi alors honnie, que la priorité du régime qui lui a succédé est de s’accrocher au pouvoir et à ses privilèges, quel qu’en soit le prix.
Ce mépris du Guide Ali Khamenei pour le sort des Iraniens explique la profondeur de la fracture qui les sépare, que la répression inouïe des dernières semaines a rendue irrémédiable. Un tel jusqu’au-boutisme doit être pris en compte par ceux qui espèrent la chute d’un pouvoir désormais privé de ce qui lui restait de légitimité. Construit sur une base militaro-théocratique, il est capable de tout pour durer, en dépit d’un bilan catastrophique, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières de l’Iran.
Un arsenal de sanctions internationales pèse déjà sur lui. Il en porte la responsabilité par ses choix, tel celui de se doter de l’arme nucléaire, en dépit de ses dénégations. Accroître encore la pression sur le régime iranien est indispensable, et l’inscription des gardiens de la révolution sur la liste européenne des organisations terroristes ne peut qu’être saluée.
La menace d’une intervention militaire extérieure, telle qu’elle est agitée par Donald Trump, et le déploiement de forces à proximité de l’Iran soulèvent en revanche bien des questions. D’un point de vue juridique, elle ne pourrait recevoir l’aval des Nations unies, compte tenu de probables veto russe et chinois, et les précédents irakien et libyen rappellent par ailleurs les risques de chaos qu’elle pourrait nourrir.
Mais ce sont surtout les ambiguïtés du président des Etats-Unis qui interrogent. Il a ainsi incité les Iraniens à descendre dans la rue quand la répression battait son plein, pour ensuite rester passif en dépit de sa promesse de venir à leur aide. Puis Donald Trump a cessé de se préoccuper de leur sort, en donnant le sentiment de n’avoir comme mission que de parvenir à un nouvel accord avec le régime pour bloquer le développement du programme nucléaire, y compris en le laissant en place, sur le modèle de l’intervention américaine au Venezuela.
De telles tergiversations sont inacceptables. En écrasant son peuple, Ali Khamenei a paradoxalement affiché sa faiblesse. Aucune des raisons du dernier soulèvement n’ayant disparu, le combat des Iraniens pour leur dignité ne peut que reprendre, un jour ou l’autre. Des pressions extérieures renforcées, concentrées sur une économie chancelante, doivent avoir pour seul objectif de tracer une ligne rouge pour empêcher de nouveaux bains de sang.












