Il ne va pas se faire que des amis. En affirmant ne pas croire aux chances de victoire de la gauche à la prochaine élection présidentielle, Emmanuel Grégoire prend le risque de froisser une bonne partie de sa famille politique, qui croit l’alternance possible après dix ans de macronisme.
« Je ne vais pas faire semblant », se défend le nouveau maire de Paris dans une interview qu’il accorde au Nouvel Obs quelques jours après son élection. Il explique : « Aujourd’hui, les conditions ne sont pas réunies pour une victoire de la gauche l’an prochain. Il faut être malhonnête pour laisser entendre le contraire ». Des paroles assez rares dans la bouche d’un responsable politique, alors que le Parti socialiste, auquel il appartient, s’organise en vue de cette échéance majeure.
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Le débat agite la gauche : faut-il organiser une primaire pour n’envoyer qu’un seul candidat dans la course à l’Élysée ? Clémentine Autain, François Ruffin et Marine Tondelier répondent positivement, malgré les refus répétés de Jean-Luc Mélenchon et de Raphaël Glucksmann, tandis que les socialistes hésitent (et en profitent pour se déchirer, en témoigne l’affrontement entre Olivier Faure et Boris Vallaud). Mais pour Emmanuel Grégoire, le sujet est ailleurs. La primaire ? « Ça ne m’intéresse pas », tranche-t-il. Ajoutant : « Et ça ne devrait pas intéresser les responsables de gauche ».
« La seule chose qui devrait les préoccuper est leur programme économique, social, environnemental pour la France. La gauche se perd dans des discussions d’appareil parce qu’elle n’a rien à dire », estime l’ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo, élu haut la main à la mairie (50,5 %) face à Rachida Dati et Sophia Chikirou. Au fond, l’élu socialiste appelle la gauche à travailler et à proposer des idées nouvelles, déplorant qu’elle n’ait « rien à raconter ».
Conscient que son camp est globalement faible au niveau national, le maire de Paris n’en fait pas porter la responsabilité à une prétendue « division » de son camp. « C’est parce qu’elle n’a ni programme ni doctrine », préfère-t-il souligner. Le socialiste appelle donc ses amis à faire preuve de « lucidité » dans cette période. « Aujourd’hui la gauche traverse sa plus grave crise politique dans l’histoire de la Ve République », s’alarme-t-il, avant d’ajouter : « Une chose est sûre en politique : quand vous additionnez des tout-petits, le résultat est tout petit ».
« Sécession des élites »
Soucieux de ne pas apparaître comme trop pessimiste, alors que la gauche unie est tout de même arrivée en tête des dernières élections législatives (et qu’elle a su conserver de nombreuses villes aux municipales), Emmanuel Grégoire exhorte sa famille politique à « travailler collectivement pour rattraper le temps perdu ». Et ajoute : « Un immense défi va s’imposer à la gauche : veut-elle privilégier son destin identitaire dans cette aventure ou protéger le pays du risque majeur que représente l’extrême droite ? ». Même s’il n’a pas voulu faire alliance avec Sophia Chikirou au second tour des municipales, le successeur d’Anne Hidalgo assure ne pas « avoir de problème avec les électeurs de La France insoumise ni avec l’ensemble de ce parti ».
Mais il reconnaît aussi que si la gauche est faible, c’est parce qu’elle a parfois déçu quand elle a été au pouvoir. Lançant là une pique (sans le nommer) à François Hollande. « Les gens ne nous croient plus parce qu’ils se disent que si nous arrivons aux responsabilités, nous ne parviendrons pas à mettre en œuvre les promesses que nous formulons », regrette Emmanuel Grégoire. Fait rare pour être souligné : il concède que Paris, qu’il dirige, est mieux lotie que de nombreux territoires plus populaires ou ruraux en France. Et parle même d’un risque de « sécession des élites » à terme. La fracture entre Paris et le reste de la France est même, selon lui, « évidente sur le plan politique ». Des mots que ses prédécesseurs s’étaient toujours refusés à prononcer.
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