Audience politique au Conseil d’Etat. La plus haute juridiction administrative a confirmé, dans une décision rendue vendredi 27 février, la classification de La France insoumise (LFI) à l’« extrême gauche » et celle de l’Union des droites pour la République (UDR), le parti d’Eric Ciotti, à l’« extrême droite » pour les élections municipales des 15 et 22 mars.
Le Conseil d’Etat avait été saisi par les deux formations politiques, qui contestaient cette décision prise par le ministère de l’intérieur.
« Le Conseil d’Etat juge, compte tenu de la situation politique prévalant pour les élections municipales de 2026 et des alliances observées pour ces élections, que ni le classement de LFI dans le bloc de clivages “extrême gauche”, ni celui de l’UDR dans le bloc de clivages “extrême droite” ne sont entachés d’une erreur manifeste d’appréciation », écrit le Conseil d’Etat.
Un style empreint du « bruit et de la fureur »
C’est la première fois que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, qui se définit comme de gauche radicale, est classé à l’extrême gauche depuis sa création en 2016. La France insoumise, même si elle porte un programme de rupture avec le capitalisme et entretient des liens avec des partis d’extrême gauche, était jusqu’à présent classée à gauche.
Mais le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, en a décidé autrement dans cette circulaire publiée le 2 février. LFI, mouvement connu pour sa forme ultra radicale et son style empreint du « bruit et de la fureur » théorisé par Jean-Luc Mélenchon, se voit requalifiée en raison de sa « remise en cause très forte de l’autorité judiciaire » et ses « accusations systématiques » contre « la police [qui] tue », preuves, selon Laurent Nuñez, d’une « évolution vers une forme de radicalité », avec « des appels à la désobéissance civile ».
« On ne truque pas les étiquettes politiques », a insisté le ministre de l’intérieur, assumant de reclasser une organisation qui « s’éloigne un peu de nos valeurs universalistes républicaines en donnant la primauté aux aspects communautaires [et] identitaires ».
Furieux, le leader « insoumis », Jean-Luc Mélenchon, avait dénoncé sur X une « république bananière », au sein de laquelle Laurent Nuñez « trouble l’ordre public électoral », « à la Trump ». « Depuis quand le ministre de l’intérieur décide de ce type de changement ? Pour satisfaire quelle demande et de qui ? Pourquoi maintenant ? », avait fait mine de s’interroger Jean-Luc Mélenchon, plein de sous-entendus.
« On ne peut que regretter que les juges n’aient pas eu le courage de dénoncer l’usage à des fins politiciennes des étiquettes politiques, a réagi vendredi le coordinateur du mouvement, Manuel Bompard. Car c’est normalement [leur] rôle de résister aux dévoiements des décisions administratives par un pouvoir macroniste qui aura définitivement sali tout ce qu’il touche. »















