Le compte X de la Maison Blanche a publié, jeudi 22 janvier, une photo d’une manifestante arrêtée dans le Minnesota, la montrant en larmes, sans préciser que cette image avait été truquée à l’aide d’une intelligence artificielle (IA).
La photo en question, qui montre l’avocate spécialisée dans les droits civiques Nekima Levy Armstrong, présentée comme une « agitatrice d’extrême gauche », illustre la manière dont l’administration du président Donald Trump recourt de plus en plus à des trucages ou à des images générées par IA pour étayer ses arguments politiques.
Jeudi matin, la secrétaire à la sécurité intérieure, Kristi Noem, avait publié sur X une image prise au moment de l’arrestation de Mme Armstrong avec le visage calme et sans expression. Une demi-heure plus tard, la Maison Blanche a publié sur sa plateforme la même image modifiée pour montrer Mme Armstrong en sanglots, bouche ouverte, front plissé et des larmes coulant sur son visage.
L’avocate fait partie des trois personnes arrêtées à la suite d’une manifestation dans le Minnesota : des personnes ont perturbé le service d’une église de la capitale de l’Etat, Saint Paul, dans laquelle ils pensaient que le directeur adjoint du bureau local de la police de l’immigration (ICE) exerçait la fonction de pasteur.
Ce mouvement s’inscrit dans le cadre de la contestation de l’ICE, dont un des agents a tué, le 7 janvier à Minneapolis, Renee Good, une femme de 37 ans. Les trois personnes arrêtées, dont Mme Armstrong, sont accusées d’« entrave aux droits » des fidèles, en réunion, pour avoir tenté de les « empêcher de pratiquer leur religion », écrit Mme Noem. Dans une interview à la chaîne CNN mercredi, Nekima Levy Armstrong avait accusé l’administration Trump de tenter « de transformer une manifestation pacifique et non violente en crime ».
Contactée, la Maison Blanche a renvoyé l’Agence France-Presse (AFP) vers le compte X de Kaelan Dorr, son directeur adjoint chargé de la communication. « Une fois de plus, à ceux qui ressentent le besoin de défendre par réflexe les auteurs de crimes odieux dans notre pays, je vous adresse ce message : l’application de la loi se poursuivra. Les mèmes continueront à circuler. Merci de votre attention », écrit M. Dorr sur son post affichant la photo falsifiée.
Hausse de l’utilisation de visuels modifiés
La publication de la photo modifiée sur le compte X de la Maison Blanche a entraîné de nombreuses critiques sur le réseau. A l’ère de l’IA, de telles images modifiées sont désormais « monnaie courante en politique », remarque Walter Scheirer, de l’université Notre-Dame. « Elles sont fréquemment utilisées pour humilier des figures de l’opposition ou formuler des déclarations politiques extrêmes qui trouvent un écho auprès d’une base électorale », explique M. Scheirer à l’AFP.
« On pourrait y voir la version contemporaine des caricatures politiques dans la presse, mais il y a un manque notable de bienséance lorsqu’elles transitent par des canaux de communication officiels du gouvernement », estime-t-il.
Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a intensifié son usage de visuels hyperréalistes mais modifiés ou générés par l’IA sur son réseau, Truth Social, et d’autres plateformes. Il a ainsi publié des images retouchées de lui-même en pape, rugissant aux côtés d’un lion ou dirigeant un orchestre.
Le président Trump n’a pas hésité également à publier des images modifiées visant à ridiculiser ses adversaires démocrates. D’autres membres de l’administration Trump ont recours à ces images retouchées et certains rivaux politiques du président en font désormais aussi usage.













