Histoire d’une notion. Depuis le début de son second mandat, les coups de boutoir de Donald Trump contre l’Etat de droit et l’ordre international vont de pair avec un climatodénialisme assumé et une obsession extractiviste. Plus largement, les régimes illibéraux cultivent souvent une même addiction aux énergies fossiles, associée à une franche hostilité à l’égard des politiques climatiques, et à une répression violente des mouvements écologistes. Un néologisme, le « carbofascisme », a émergé pour résumer cette nouvelle donne géopolitique et le retour en force conjoint de politiques autoritaires et climaticides.
Le premier à associer les mots « carbone » et « fascisme » est l’historien Jean-Baptiste Fressoz en 2018. Dans une tribune publiée dans Libération, l’universitaire (également chroniqueur au Monde) analysait la possible victoire de Jair Bolsonaro à l’élection présidentielle au Brésil comme la confirmation d’un « nouvel axe autoritaire et climatosceptique traversant le globe ».
L’historien n’approfondit pas la notion, mais le mot est repris dans les médias et les milieux écologistes de gauche, surtout depuis le retour de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, en 2025. « Se saisir de ce terme, c’est prendre la mesure d’un danger bien réel pour nos démocraties comme pour la planète », affirme l’Organisation non gouvernementale Greenpeace, qui dénonce la proximité des « industries polluantes avec des responsables politiques ultra-conservateurs ».
Dans les milieux académiques pourtant, l’idée d’un carbofascisme ne convainc pas vraiment. Certes, dans l’administration de Trump II, « on retrouve la collusion manifeste des intérêts des entreprises extractivistes avec ceux du pouvoir autoritaire et brutal de l’administration centrale », constate le politiste Bruno Villalba, auteur de Politiques de sobriété (Le Pommier, 2023). « Ainsi, les premiers acteurs mis au courant par le président des Etats-Unis lors du lancement de son opération au Venezuela sont les dirigeants des entreprises fossiles, et non les membres du Congrès. »
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