Dans sa mire, Donald Trump a trois proies : le Venezuela, le Groenland, mais aussi le Canada, ce voisin du nord que la plus longue frontière du monde et des valeurs sociales-démocrates séparent des Etats-Unis. Le président américain l’invite à devenir le « 51e Etat » de son pays, ce qui ne manque pas d’ulcérer la plupart des 40 millions de Canadiens. A-t-il conscience que l’identité de ce pays s’est construite non pas en imitation, mais en opposition au modèle étatsunien ? Visiblement pas. Aux paroles humiliantes, son administration joint une action souterraine de déstabilisation. Le Financial Times a ainsi révélé que des responsables du département d’Etat avaient rencontré à plusieurs reprises des membres de l’Alberta Prosperity Project, un groupe d’extrême droite qui milite pour l’indépendance de l’Alberta, une très conservatrice province de l’Ouest canadien.
La tension entre le Canada et les Etats-Unis, liés par des relations économiques denses, n’a jamais été si forte. En janvier, à Davos, le premier ministre canadien, Mark Carney, a fait sensation en donnant un discours puissant et digne sur la situation actuelle. Selon lui, nous vivons la fin de l’ordre d’après-guerre créé par les Etats-Unis et leurs alliés. « Nous sommes au milieu d’une rupture, pas d’une transition », a-t-il déclaré.
« Les Canadiens savent que nos anciens présupposés confortables – selon lesquels notre géographie et nos alliances étaient la garantie de la prospérité et de la sécurité – ne tiennent plus. » Trump l’a extrêmement mal pris. Le lendemain, il a déploré l’ingratitude du premier ministre canadien (qu’il surnomme le « gouverneur Carney »). Selon lui, « le Canada existe grâce aux Etats-Unis » et devrait donc leur témoigner plus de respect.
Dans son discours, dont Le Monde a publié de larges extraits, Mark Carney a expliqué que les « puissances moyennes » comme la sienne n’avaient d’autre choix que de s’unir, et de sortir de l’illusion selon laquelle elles pourraient compter sur les grandes puissances. Unir des puissances moyennes pour mieux peser, l’idée est excellente : c’est celle qui préside depuis soixante ans à la construction européenne.
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