Le Cambodge a accusé vendredi 2 janvier les forces thaïlandaises d’avoir pris le contrôle d’un village frontalier. Phnom Penh accuse la Thaïlande d’« annexer » la zone après la trêve qui a mis fin à de violents combats le long de leur frontière, il y a une semaine.
Le différend frontalier, qui dure depuis des décennies entre ces deux voisins d’Asie du Sud-Est, a dégénéré en affrontements militaires à plusieurs reprises l’année dernière. Les combats qui ont eu lieu en décembre dernier ont fait des dizaines de morts et provoqué le déplacement de près de 1 million de personnes de part et d’autre.
Les deux pays ont conclu une trêve le 27 décembre, s’engageant à geler les mouvements de troupes et à mettre fin aux affrontements qui se sont étendus à la quasi-totalité des provinces frontalières des deux côtés. Mais « l’armée thaïlandaise a entamé l’annexion illégale de territoires cambodgiens (…) notamment du village de Chouk Chey », a déclaré vendredi le ministre de l’information cambodgien, Neth Pheaktra.
La Thaïlande dément
Les forces thaïlandaises, selon Neth Pheaktra, ont endommagé des bâtiments civils, installé des barbelés et des conteneurs pour créer une « clôture frontalière » et se sont déployées pour administrer les zones contestées. « L’affirmation unilatérale de la souveraineté de la Thaïlande par la force a également été démontrée par le déploiement du drapeau national thaïlandais, a ajouté le ministre cambodgien. Le Cambodge ne reconnaîtra aucune modification de la ligne de démarcation résultant de l’usage de la force. »
L’armée thaïlandaise a toutefois contesté la version de Phnom Penh, affirmant que les zones sous contrôle thaïlandais avaient toujours appartenu à la Thaïlande. Les lieux « étaient à l’origine des zones où les forces cambodgiennes avaient déployé des troupes et où des civils cambodgiens s’étaient installés, empiétant sur la souveraineté thaïlandaise, a déclaré l’armée thaïlandaise dans un communiqué, sans préciser de nom de lieu pour sa part. Par conséquent, c’est bien le Cambodge qui a occupé des portions de territoire thaïlandais ».
La chaîne qatarie Al Jazeera a rapporté pour sa part que le Cambodge avait perdu du territoire au profit de la Thaïlande à la suite de récents affrontements, et que le village de Chouk Chey était « coupé du monde par des conteneurs métalliques et des barbelés installés par l’armée thaïlandaise ».
Une frontière datant de la période coloniale française
Dans les années 1980, la Thaïlande a accueilli des réfugiés de guerre cambodgiens sur la bande de terre frontalière située entre la province cambodgienne de Banteay Meanchey et la province thaïlandaise de Sa Kaeo. Des familles y sont restées longtemps après la fin des combats de la guerre civile cambodgienne.
Selon Phnom Penh, plus de 3 000 personnes vivaient à Chouk Chey. L’armée thaïlandaise a déclaré que des civils cambodgiens empiétaient sur le territoire thaïlandais depuis plus de quarante ans, y établissant illégalement des « communautés et des habitations » avec le soutien de l’Etat.
« Actuellement, le contrôle et la supervision de la zone par la Thaïlande restent situés sur son territoire, le long des lignes de démarcation opérationnelles, a précisé l’armée thaïlandaise. Il ne s’agit pas d’une invasion ou d’une occupation du territoire cambodgien, contrairement à ce qu’ont rapporté par erreur certains médias. »
Les deux royaumes asiatiques s’opposent de longue date sur le tracé de leur frontière de 800 kilomètres, décidé pendant la période coloniale française. Le Cambodge et la Thaïlande s’accusent mutuellement d’avoir déclenché la dernière escalade meurtrière pour le contrôle de temples centenaires dans la zone frontalière.












