Un jour, Claude n’a plus reconnu Laura. Dans son regard vert opaline, sa fille cadette est devenue une étrangère. C’était il y a un an environ. Alzheimer grignotait depuis cinq ans la mémoire de l’ancien plombier de 66 ans, la maladie s’est mise à la dévorer au galop.
Un mot surgit à la place d’un autre, le fil de la conversation s’emberlificote, mais Laura s’emploie à sauver le moindre vestige d’une complicité qui s’effiloche inexorablement. « Tu as bien dormi, ce matin ? – Euh, oui, ça descendait. – Tu as fait quoi en descendant ? Tu as pris ton petit déjeuner ? – Ça oui. Y’a une lisbosse qui arrive. »
Depuis le jour où ses « papa » sont restés sans réponse, la jeune femme de 28 ans l’appelle par son prénom. En cet après-midi humide de février, elle conduit « Claude » à l’association France Alzheimer. Il participe à un atelier de musicothérapie au centre socioculturel de Pulnoy (Meurthe-et-Moselle), devenu exigu pour l’accueillir, lui et la quinzaine d’autres « aidés », âgés de 60 à 86 ans.
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