De façon claire, Donald Trump a écarté l’option militaire, dans son discours à Davos. Mais il est intéressant de décortiquer son argumentaire. D’abord, sa vision du Groenland, un « territoire presque entièrement inhabité et sous-développé ». Il ne semble pas avoir beaucoup de considération pour ses 58 000 habitants ni pour la souveraineté du Royaume du Danemark.
Le Danemark contrôle le Groenland depuis 1721, soit avant l’établissement des Etats-Unis. Pendant la seconde guerre mondiale, le Groenland a été de facto placé sous la protection de Washington, alors que le Danemark était envahi par l’Allemagne nazie. Mais il n’y a jamais eu de transfert de souveraineté. Lorsque Donald Trump se plaint du retour « stupide » du Groenland entre les mains du Danemark après la guerre, il fait du révisionnisme.
Donald Trump a nié que les minerais rares étaient une motivation de son administration, en soulignant qu’ils se trouvaient à des centaines de mètres sous la glace. En revanche, il a mis en avant deux raisons pour justifier son appétit. La première est le développement du Dôme d’or, ce système de défense antimissile encore très théorique, au coût faramineux, qui serait multicouche : espace, atmosphère, sol, mer. Pour entièrement fonctionner, ce Dôme d’or nécessiterait le déploiement de certains éléments au Groenland. L’argument ne tient pas vraiment : si la demande était adressée au Danemark, Etat membre de l’OTAN, Copenhague accepterait sûrement ce déploiement. Mais Donald Trump note que seul un acte de propriété peut motiver la défense d’un territoire. Cela illustre en creux son peu de considération pour l’OTAN.
On arrive là au deuxième argument du président américain, et à sa vision de l’Alliance atlantique. C’est vraiment la partie du discours la plus inquiétante pour les Européens. Trump estime, on le sait, que son pays a été abusé depuis des décennies, que ce soit sur le plan commercial ou sur celui de la protection militaire qu’il offrait aux alliés. On l’a vu à Davos dans son commentaire adressé au premier ministre canadien, Mark Carney, qui a prononcé hier un discours tout à fait remarquable sur l’état du monde occidental.
« On donne tellement et on obtient si peu en retour », a déclaré Donald Trump au sujet de l’OTAN. Il a clairement oublié, entre autres, les 50 soldats danois tués en opérations dans des missions conduites par les Etats-Unis, en Afghanistan et en Irak. A ses yeux, l’annexion du Groenland serait comme un paiement décalé pour la protection consentie par les Etats-Unis dans le passé, et une garantie pour « la paix mondiale », dans l’avenir.












