L’affaire du meurtre de Sarah Halimi pourrait-elle être relancée ? Les avocats de la famille de cette femme de confession juive, tuée en 2017 à Paris, ont déposé une requête devant la cour d’appel pour rouvrir l’instruction, son frère promettant de « tout » faire pour voir Kobili Traoré jugé.
Dans un communiqué transmis mercredi à l’AFP, confirmant une information du Point, Mes Olivier Pardo et Raphaële Bialkiewicz assurent détenir « des éléments nouveaux » sur Kobili Traoré, jugé pénalement irresponsable du meurtre de Sarah Halimi.
Ils affirment avoir « déposé entre les mains de Madame la procureure générale près la cour d’appel de Paris une demande de réouverture de l’instruction » visant cet homme, mis en examen dans une autre affaire et écroué en février.
Il y a près de neuf ans à Paris, ce gros consommateur de cannabis avait roué de coups, au cri de « Allah Akbar », et jeté du haut d’un balcon Sarah Halimi, sa voisine d’immeuble âgée de 65 ans.
Bien qu’entérinant la nature antisémite du meurtre, la Cour de cassation avait confirmé l’absence de procès dans cette affaire retentissante en avril 2021. Selon les experts psychiatriques, le meurtrier avait été pris d’une « bouffée délirante » au moment des faits.
« La consommation de crack antérieure au passage à l’acte »
Dans leur communiqué, les avocats de la famille de Sarah Halimi assurent disposer d' »éléments nouveaux que ne détenaient ni les magistrats instructeurs ni les experts judiciaires ni la chambre de l’instruction » et qui « mettent à bas l’irresponsabilité pénale » du mis en cause.
Parmi eux, « la consommation de crack antérieure au passage à l’acte », « la préméditation » et « l’exploitation d’un enregistrement audio réalisé au moment de la défenestration de Sarah Halimi par l’un de ses voisins, qui démontre la conscience politique et antisémite » de Kobili Traoré.
Selon les conseils, toutes ces informations sont « incompatibles avec une abolition du discernement ».
Sollicité par l’AFP, Me Thomas Bidnic, qui défend Kobili Traoré, n’a pu être joint dans l’immédiat.
« On fera tout pour que cet assassin soit jugé », a souligné auprès de l’AFP William Attal, le frère de Sarah Halimi. « Personne n’imagine les souffrances que ma sœur a endurées », a-t-il dit, avant d’ajouter: « Si en France maintenant, on n’est pas capable de juger et de faire condamner un tueur assassin qui a prémédité un assassinat aussi terrible que celui de ma sœur, alors la France n’est plus la France ». Et d’estimer que cette affaire était « pire que l’affaire Dreyfus ».
Dans un dossier distinct, Kobili Traoré est soupçonné de s’en être pris, le 27 janvier dernier, avec deux autres suspects, à une personne auprès de laquelle ils « se fournissaient en stupéfiants » et avec laquelle l’un des suspects « avait un litige financier », a relaté le parquet en février.
« Pas de symptomatologie aiguë »
La victime a raconté qu’elle « attendait la visite d’un homme » quand, derrière ce « visiteur », « deux autres avaient pénétré dans son appartement, le visage dissimulé, l’avaient aspergée de gaz lacrymogène et violentée, avant de fouiller l’habitation ».
Depuis l’affaire Sarah Halimi, Kobili Traoré a fait « l’objet de soins en Unité pour malades difficiles (UMD) jusqu’en 2020, puis à l’hôpital jusqu’en 2023, de nouveau à l’UMD pendant un an, avant de retourner en hôpital en septembre 2024 », selon le ministère public.
Dans le nouveau dossier, un psychiatre a attesté au cours de la garde à vue récente de Kobili Traoré « qu’il ne présentait pas de symptomatologie aiguë, ni syndrome délirant ni désorganisation », rapporte le parquet de Paris.
« Kobili Traoré a dû faire valoir, cette fois encore, que son discernement était aboli, mais cette fois l’expertise démontre que ce n’est pas le cas, c’est un élément complémentaire sur lequel je vais m’appuyer », avait insisté auprès de l’AFP Me Pardo.
Ce qu’a contesté fermement Me Bidnic: « J’affirme que jamais, dans ce nouveau dossier, Kobili Traoré n’a fait valoir l’abolition de son discernement ».
« L’affaire Sarah Halimi n’est pas terminée », ont promis Mes Pardo et Bialkiewicz.
Article original publié sur BFMTV.com




