Un drame à la portée politique explosive. Après la mort du jeune militant nationaliste Quentin D., roué de coups à Lyon, le gouvernement a pointé la responsabilité de « l’ultragauche » par la voix de Gérald Darmanin, tandis que La France insoumise essuie un tir croisé de critiques sur sa supposée « complaisance » pour la violence.
Si le parquet n’a pas, à ce stade, détaillé le profil des personnes mises en cause, la mort de Quentin semble s’inscrire dans la longue histoire d’affrontements entre des militants de l’ultragauche et de l’ultradroite dans la capitale des Gaules.
Interrogée sur BFMTV sur l’opportunité de dissoudre ces groupuscules violents, l’eurodéputée d’extrême droite Marion Maréchal a refusé de les mettre sur un pied d’égalité.
« Statistiquement, la violence d’extrême droite est dérisoire par rapport à la violence d’extrême gauche », a-t-elle affirmé sur notre plateau.
Une « immense majorité » d’homicides politiques causés par l’ultradroite
L’actualité de ces dernières années est pourtant remplie d’attaques liées à l’ultradroite, dont l’une des plus marquantes a été l’assassinat du rugbyman argentin Federico Martín Aramburú par un ex-membre du GUD à Paris en 2022. Le procès de cette affaire aura d’ailleurs lieu en septembre 2026.
La presse locale se fait aussi régulièrement l’écho d’agressions portant la marque de l’extrême droite: descente d’hommes cagoulés dans un bar à Brest, agressions de militants LFI dans la même ville, irruption violente dans un local associatif à Saint-Brieuc, attaque contre une conférence sur Gaza et agression au couteau à Lyon…
Des tueries aux motivations racistes ont également été perpétrées, comme à Puget-sur-Argens l’an dernier ou à Paris en 2022, sans que les auteurs ne soient identifiés par la justice comme politiquement investis dans un courant d’ultradroite.
Au-delà des titres de presse, qu’en dit la recherche? « Ce que dit Marion Maréchal est faux », tranche le spécialiste de phénomènes de radicalisation et de violence politique Xavier Crettiez, professeur agrégé de science politique à l’université Paris Saclay-UVSQ.
« L’immense majorité des morts issues des violences idéologiques viennent de l’ultradroite », souligne le chercheur.
À l’opposé, « l’ultragauche, en général, tue peu, mais crée plus de troubles à l’ordre public que l’ultradroite: destruction de magasins, de banques, de grandes enseignes, etc., comme on voit avec les black bloc ».
Cinq morts imputées à l’extrême gauche
Dans l’ouvrage Violences politiques en France. De 1986 à nos jours, publié en 2021, plusieurs chercheurs dont Xavier Crettiez ont répertorié les violences politiques en les répartissant en cinq catégories de motivation: séparatiste (indépendantistes corses, par exemple), religieux (terrorisme islamiste), professionnel, sociétal (environnement) et enfin idéologique. C’est cette dernière catégorie qui recouvre les violences venues de l’extrême gauche et de l’extrême droite.
Dans le détail, les « 1.450 épisodes de violence des militants politiques » recensés ont causé la mort de 55 personnes. Parmi ces homicides, cinq viennent de l’extrême gauche. « Quatre sont le fait d’une organisation révolutionnaire (Action directe) auxquels s’ajoute la mort d’un hooligan lors d’un affrontement », indiquent les auteurs.
Mais c’est bien l’ultradroite qui « provoque l’essentiel des victimes », avec une cinquantaine de morts entre 1986 et 2021. Contrairement aux groupes de l’ultragauche, elle « ne cible pas les représentants de l’appareil d’État, c’est-à-dire qu’elle n’a pas une pratique révolutionnaire de la violence homicidaire ».
Parmi ces meurtres ou assassinats, une majorité répond à des motivations « altérophobes », c’est-à-dire racistes ou homophobes.
Une menace terroriste « essentiellement » à l’ultradroite
D’une manière générale, les violences venues de militants de l’extrême droite ou de l’extrême gauche suivent une tendance globale à la baisse. « Contrairement à ce qui est souvent dit dans la presse, on n’assiste pas du tout à une montée de la violence politique », insiste Xavier Crettiez.
« Notre étude a commencé en 1986, mais si on avait commencé dans les années 1930 ou même dans les années 1960, le nombre de violences aurait été beaucoup plus élevé », poursuit le chercheur. « Aujourd’hui, si vous mettez de côté les islamistes et les séparatistes, la létalité politique en France est quasi inexistante, surtout si on la compare avec les pays européens voisins, et a fortiori les États-Unis ».
Cependant, les chercheurs observent depuis quelques années un sursaut de la violence… d’ultradroite. « La violence d’extrême droite, motivée par le nationalisme et l’autoritarisme, va croissant en France », écrivait en 2024 Anders Ravik Jupskas, directeur adjoint du Centre de recherche sur l’extrémisme de l’université d’Oslo, dans les colonnes du Monde.
Un phénomène confirmé par les autorités. « Nous assistons à une résurgence très préoccupante des actions violentes ou des intimidations de la part de l’ultradroite », déclarait le patron de la DGSI au même journal en 2023.
« Il y a chez les ultra-politisés radicalisés une petite partie de l’ultragauche, à ne pas sous-estimer et qui s’en prend en France, pour l’heure, principalement aux biens. Mais l’essentiel de la menace, c’est l’ultradroite », confirmait la même année Gérald Darmanin dans un entretien à Ouest-France.
« Vous avez actuellement 65 militants d’ultradroite qui sont incarcérés pour faits de terrorisme », rappelle Xavier Crettiez. Vous aviez un militant d’ultragauche, mais il est sorti de prison, vous avez 780 jihadistes. C’est ça le terrorisme actuellement en France ».
Sollicité, le ministère de l’Intérieur n’avait pas répondu à BFM au moment de la publication de cet article.
Article original publié sur BFMTV.com













